Créer des messages stratégiques en santé associative demande rigueur, sens du collectif et adaptation constante. Ce processus implique :
  • La compréhension approfondie de la mission associative et de ses valeurs, pour assurer la cohérence du discours.
  • L’identification et la segmentation précise des publics cibles, pour adapter la forme et le fond des messages.
  • La définition claire des objectifs de communication, en fonction des contextes et des actions.
  • L’élaboration de messages simples, impactants et respectueux, tenant compte des spécificités et de la sensibilité des sujets de santé.
  • L’expérimentation et l’évaluation continue, grâce à l’écoute des retours de terrain et des parties prenantes.
  • L’appropriation des messages par l’ensemble de l’équipe et des relais associatifs, pour garantir leur diffusion et leur alignement.
L’ensemble de ces étapes permet aux structures associatives de gagner en lisibilité, en crédibilité et en efficacité pour faire avancer leurs causes ou impacter la santé publique.

Pourquoi la définition des messages est-elle cruciale dans la santé associative ?

Le champ de la santé associative recouvre une grande diversité de causes : lutte contre des maladies, accès aux soins, accompagnement des usagers, plaidoyer pour de nouveaux droits, prévention, information… Or, chaque association s’adresse à des publics variés — patients, familles, soignants, décideurs publics, médias, citoyens. Tous ces acteurs n’ont ni les mêmes besoins d’informations, ni la même sensibilité aux enjeux. Il en résulte un impératif pour les associations : adapter chaque message à son audience et à ses objectifs.

  • Renforcer la compréhension : Face à la complexité des sujets santé (vocabulaire scientifique, enjeux éthiques, dimensions affectives), des messages clairs évitent malentendus et faux débats.
  • Co-construire la confiance : Un message juste et aligné avec les valeurs associatives légitime la parole des associations et favorise l’adhésion des parties prenantes.
  • Mobiliser efficacement : Un message percutant, personnalisé et pertinent facilite l’implication des bénéficiaires, des bénévoles ou des partenaires institutionnels.

Selon une étude menée par France Assos Santé, près de 74% des associations interrogées reconnaissent que la définition de messages compréhensibles et adaptés est une difficulté majeure, notamment pour les actions de plaidoyer ou d’éducation à la santé (France Assos Santé, Baromètre 2023).

Étape 1 : Comprendre la mission, clarifier les valeurs

Avant toute construction de message, il faut ancrer la réflexion dans l’ADN de l’association — ses missions, sa vision, ses valeurs. Cette étape, souvent négligée, permet pourtant d’éviter l’écueil des messages génériques ou des slogans “préfabriqués” déconnectés du réel. Prendre le temps de redéfinir “qui nous sommes”, “pourquoi nous agissons”, “ce que nous défendons” est essentiel pour une communication sincère.

  • Lister les valeurs socles : Ex : inclusion, équité, solidarité, expertise vécue, confidentialité.
  • Formuler la mission : Ex : “Accompagner les personnes vivant avec une maladie chronique dans leur parcours de soins, défendre le droit à l’accès aux traitements et informer le grand public”.
  • Co-construire la raison d’être : Associer des bénévoles, des usagers ou des partenaires dans la formulation de l’identité associative permet de s’assurer que le message “parle à tous”.

C’est la boussole qui guidera ensuite en cas de dilemmes ou d’enjeux sensibles dans le choix des mots.

Étape 2 : Identifier et segmenter les publics

La santé associative ne s’adresse pas à un unique public. Un même message ne peut convenir à des patients nouvellement diagnostiqués, des proches, des professionnels de santé ou des financeurs institutionnels.

Pour chaque action, il convient de se poser systématiquement les questions suivantes :

  • À qui s’adresse ce message ? (personnes concernées, professionnels, élus, médias, grand public…)
  • Quel est le niveau de connaissance ou d’expérience de ce public sur le sujet ? (néophytes, personnes expertes, parties prenantes engagées…)
  • Quels sont ses besoins informationnels, ses émotions, ses attentes vis-à-vis de l’association ?

Utiliser la méthode des “personas” permet d’humaniser cette réflexion (ex : Julie, 45 ans, aidante familiale, cherche une information fiable sur l’accompagnement de son parent atteint d’Alzheimer). Cela permet ensuite d’adapter non seulement le contenu, mais aussi le ton, la forme et le choix du canal de diffusion.

Tableau d’exemples de segmentation des publics associatifs en santé

Public cible Attentes Canal privilégié Type de message
Usagers/patients Information claire, soutien, empathie Brochures, sites web, groupes de parole Vulgarisation, témoignages, guides pratiques
Professionnels de santé Données scientifiques, recommandations Newsletters, formations, réseaux sociaux pros Fiches techniques, études de cas, retours terrain
Institutions/financeurs Impact, légitimité, transparence Dossiers, rapports, rendez-vous Chiffres clés, évaluation, synthèse de résultats
Grand public/médias Sensibilisation, émotion, histoires vécues Campagnes, réseaux sociaux, médias traditionnels Messages courts, slogans, formats visuels

Étape 3 : Définir des objectifs concrets de communication

  • Informer sur une pathologie, des droits, une aide disponible ?
  • Alerter sur un risque, un enjeu de santé, une injustice ?
  • Mobiliser des bénévoles, des dons, des signatures ?
  • Convaincre des décideurs, des professionnels ?
  • Modifier des comportements (ex : encourager le dépistage, favoriser la vaccination ?)

Chaque objectif impose des choix sur le style, le registre émotionnel et la forme du message.

Étape 4 : Élaborer un message principal et des déclinaisons adaptées

Une fois les bases posées, le collectif (équipe salariée, bénévoles, conseillers extérieurs, usagers) peut co-construire le message stratégique principal — celui qui portera la campagne, la mobilisation ou le plaidoyer. Mais il est tout aussi essentiel de prévoir des déclinaisons, adaptées à chaque cible et à chaque canal.

  • Travailler la simplicité : Un message efficace, selon la “règle des 3 C” (complet, clair, crédible), doit pouvoir être compris instantanément, évitant le jargon et l’ambiguïté.
  • Valoriser les faits et l’humain : Appuyer le message sur des données convaincantes (chiffres, études, témoignages), adaptées à la cible.
  • Prévoir des exemples concrets : Décliner le message principal en situations réelles, en adaptant la profondeur d’information.
  • Soigner la cohérence graphique et de ton : L’uniformité visuelle et rédactionnelle sur tous les supports (site, réseaux, print) est un facteur-clé d’identification.

Exemple d’un message décliné sur 3 cibles

Message principal “Le dépistage sauve des vies — n’attendez pas pour vous informer et agir.”
Cible Déclinaison du message Format privilégié
Patients grand public “Votre médecin vous propose un dépistage ? Quelques minutes qui peuvent tout changer.” Affiche en salle d’attente, vidéo témoignage
Professionnels de santé “Comment mieux informer vos patients sur les bénéfices du dépistage ? Accédez à nos outils pédagogiques.” Newsletter professionnelle, webinaire
Pouvoirs publics “Chaque campagne de dépistage bien menée permet de sauver X vies chaque année. Engageons-nous pour élargir l’accès.” Dossier de plaidoyer, communiqué de presse

Étape 5 : Tester, ajuster, fédérer

Un message ne doit jamais être figé. Dans le secteur associatif santé, l’expérimentation et le droit à l’erreur sont des forces : on teste, on écoute les retours, on ajuste. Rien de tel que de soumettre ses messages à des groupes de patients, à des bénévoles en contact avec le terrain, ou à des partenaires pour identifier les incompréhensions ou les maladresses potentielles.

  • Organiser des ateliers de lecture/recette de message pour valider ou ajuster collectivement les messages majeurs ;
  • Analyser les retours d’expérience lors des actions de terrain (stands, réunions, support téléphonique) pour détecter les éventuels décalages entre message imaginé et message perçu ;
  • Fédérer autour des messages-clés : diffuser en interne un kit de communication (argumentaires, slides, visuels) pour que chaque membre puisse relayer le message, dans le respect des valeurs communes.

Les écueils à éviter : trop de messages, manque de clarté, négligence de l’éthique

  • La surabondance de messages dilue l’impact. Mieux vaut un message central fort, martelé et incarné, plutôt qu’une avalanche d’informations disparates.
  • L’utilisation excessive de termes techniques ou de chiffres bruts détourne ou inquiète. Il est fondamental de privilégier l’explication et les repères concrets.
  • Les messages anxiogènes ou culpabilisants sont à bannir. Ils fragilisent la confiance et peuvent créer de la résistance, voire de la stigmatisation.
  • L’oubli des enjeux d’accessibilité (langage, lecture facile, adaptation pour les publics en situation de handicap) nuit à l’inclusivité, pilier du secteur associatif (CNSA, Principes clés pour une information accessible).

Des outils pour accompagner la définition des messages stratégiques

  • La carte d’empathie (outil de design thinking) permet de se mettre “dans la tête” du public cible et d’anticiper ses réactions.
  • Le pitch en 30 secondes (ou “elevator pitch”) aide à clarifier et condenser son message.
  • Le plan de communication sous forme de tableau ou de mind map facilite la structuration globale des messages autour des différentes cibles.
  • Les guides de langage inclusif disponibles sur Solidarités-Santé.gouv ou via France Assos Santé.

Pour une communication associative santé impactante, humaine et solidaire

La force du message naît toujours de la sincérité du collectif, de la rigueur dans le choix des mots, et de la capacité à écouter et ajuster en continu. En associant toutes les parties prenantes à la définition des messages stratégiques, en veillant à l’adaptabilité, à la clarté et au respect des publics, les associations santé renforcent leur utilité sociale et leur impact.

L’appui sur des méthodes éprouvées, le croisement des regards et la mutualisation des outils permettent, même avec peu de moyens, d’innover et de porter plus loin la voix des associations. N’oublions pas que chaque message est une graine semée : pour informer, rassurer, mobiliser et, pas à pas, améliorer la vie de celles et ceux que nous accompagnons.

En savoir plus à ce sujet :