La définition d’une stratégie de communication performante est aujourd’hui un levier incontournable pour les associations et établissements de santé en France, quel que soit leur taille ou leurs ressources.
  • Comprendre ses publics cibles et leurs besoins d’information.
  • Fixer des objectifs précis, mesurables et adaptés à son contexte.
  • Choisir les outils et canaux de communication appropriés, en tenant compte des contraintes réglementaires et budgétaires.
  • Valoriser la co-construction et impliquer les équipes, bénévoles ou usagers dans le processus.
  • Savoir évaluer les actions menées et ajuster sa stratégie en continu.
Ces essentiels constituent la base d’une démarche structurée et efficace pour mieux informer, mobiliser et valoriser les projets de santé sur un territoire.

Pourquoi la communication est-elle un enjeu central en santé ?

Informer sur les avancées, rassurer les usagers, valoriser les actions locales, prévenir les risques, fédérer des bénévoles… Les enjeux de communication, pour les structures de santé, ont gagné en complexité et en importance. La multiplication des canaux (digital, affichage, presse, réseaux sociaux), la montée de la demande de transparence et la circulation rapide de rumeurs ou d’infos contradictoires rendent l’enjeu encore plus stratégique : selon la HAS, 80 % des patients estiment que l’accès à l’information sur leur santé influence leur confiance dans leur établissement ou association1. La crise du Covid-19 a aussi révélé combien l’absence de stratégie claire pouvait fragiliser le lien social ou la crédibilité des institutions.

Une bonne communication, quand elle respecte les exigences d’intégrité, d’accessibilité et de dialogue, peut :

  • diffuser l’information au bon moment et sous une forme adaptée (visuelle, vidéo, orale, etc.),
  • renforcer la motivation des équipes,
  • mieux faire reconnaître les actions et plaidoyers sur le terrain,
  • faciliter la recherche de financements,
  • réduire la défiance et les malentendus,
  • inspirer d’autres acteurs à se mobiliser et à s’engager.

1. Partir d’une analyse partagée de la situation

Avant toute action, consacrez du temps à la compréhension de votre propre environnement et de vos publics : c’est la seule base solide pour éviter le bruit inutile ou les messages déconnectés de la réalité terrain.

  • Qui souhaitez-vous toucher ? Usagers, patients, proches, partenaires institutionnels, professionnels de santé, bénévoles : leurs besoins en communication ne sont pas identiques.
  • À quelles attentes ou difficultés spécifiques votre structure répond-elle ?
  • Quel est le contexte réglementaire et culturel local ? (règles à respecter, sujets sensibles, accessibilité…)
  • Quels sont vos moyens actuels ? Ressources humaines, financières, matérielles.

La co-construction prend tout son sens à cette étape : questionnez vos équipes, vos bénéficiaires, et appuyez-vous sur les données disponibles (enquêtes qualité, analyse de notoriété locale, bilan d’actions passées). De nombreux outils gratuits existent, comme l’arbre des causes ou une matrice SWOT adaptée à la communication santé (forces, faiblesses, opportunités, menaces).

2. Définir des objectifs clairs et réalistes

Les objectifs orientent l’ensemble de votre démarche. Ils doivent être alignés avec votre projet associatif ou institutionnel, mais surtout : réalistes, adaptés à vos ressources, et surtout mesurables.

  • Renforcer la notoriété dans le quartier, auprès d’une cible bien définie ?
  • Augmenter la mobilisation à l’occasion d’un événement ou d’une campagne de prévention ?
  • Valoriser un nouveau service, un projet ou un dispositif innovant ?
  • Faciliter le recrutement de professionnels ou de bénévoles ?
  • Mieux coordonner avec d’autres acteurs de santé sur un même territoire ?

La méthode SMART (Spécifique, Mesurable, Atteignable, Réaliste, Temporellement défini) est précieuse ici, même adaptée à des structures aux moyens limités. Exemple : “Doubler, d’ici septembre, le nombre d’abonnés à notre lettre d’info.” Pour chaque objectif, listez des indicateurs simples à suivre (nombre de contacts, de partages, de participants, etc.).

3. Identifier et segmenter ses publics cibles

Une erreur fréquente est de vouloir “parler à tout le monde”. Cibler permet de gagner en pertinence et en efficacité ! Sur la base de votre diagnostic, élaborez des fiches ou personas pour vos différents publics.

  • Où (et comment) s’informent-ils ?
  • Quelles sont leurs barrières à l’accès à l’information ? (langue, handicap, fracture numérique…)
  • Quels messages comptent réellement pour eux ?
  • Qui sont leurs relais de confiance ? (médecins, proches, réseaux locaux…)

Des outils collaboratifs comme Miro, Klaxoon ou encore des tableaux partagés Google peuvent faciliter la construction collective de ces profils lors d’un temps d’équipe ou en atelier avec vos usagers.

4. Choisir ses messages et ses canaux de diffusion

Le choix des contenus, des formes et des “lieux” de diffusion doit répondre à la réalité des besoins repérés. Quelques repères concrets :

  • Pour toucher des personnes âgées ou fragilisées : le support papier reste incontournable, mais doit être conçu en police lisible, avec des pictogrammes simples (source : Santé Publique France).
  • Pour informer des jeunes parents, des étudiants, ou des professionnels : réseaux sociaux, newsletter, vidéos courtes ou podcasts sont des vecteurs efficaces.
  • Pour les messages réglementaires ou les informations structurantes : Le site internet institutionnel, l’affichage dans les locaux, les réunions d’informations…
  • Pensez à l’accessibilité : Les contenus doivent répondre aux recommandations d’accessibilité numérique, et intégrer la traduction ou l’adaptation à certains publics (langues, FALC, audio-description...)

Réunissez régulièrement des représentants de vos équipes et de vos usagers pour relire, valider, ou même “co-écrire” les messages clés (groupes de travail, ateliers de facilitation graphique ou de communication non-violente…)

5. Mettre en œuvre en impliquant l’ensemble des acteurs

Une stratégie de communication efficace est rarement l’œuvre d’une seule personne. Plus elle implique le collectif (salariés, bénévoles, familles, partenaires), plus elle prend racine et s’inscrit durablement. Selon le baromètre Kantar pour France Assos Santé (2023), près de 60 % des projets de communication jugés “impactants” en santé sont ceux qui associent « au moins trois types d’acteurs différents » dès l’étape de conception.

  • Prévoyez des réunions de lancement pour mobiliser les parties prenantes et expliquer le sens de la démarche.
  • Déléguez certaines missions à des ambassadeurs internes ou externes (bénévoles relais, associations partenaires, conseillers municipaux...)
  • Recueillez continuellement des retours d’usage sur les supports, afin d’identifier points forts et axes d’amélioration.

Astuce fréquemment efficace : afficher dans les locaux ou sur les réseaux un “tableau de bord” simple des actions menées, pour motiver et valoriser chacun.

6. Suivre, évaluer, ajuster : la boucle vertueuse

Trop de stratégies s’essoufflent faute de suivi adapté. L’évaluation doit être simple, collective, et ritualisée.

Indicateur Outil de suivi adapté Périodicité Responsable
Nombre de contacts générés Formulaire Google, suivi Excel Hebdo Référent accueil
Taux de lecture des newsletters Outils de mailing (Mailchimp, Sendinblue) Mensuel Chargé comm.
Participation aux événements Feuilles d’émargement, QR Codes A chaque action Référent projet
Retour des usagers Micro-sondages, boîtes à idées, débriefs oraux Trimestriel Toute l’équipe

À chaque bilan, partagez les enseignements avec l’ensemble des parties prenantes. Ce temps d’échange permet d’adapter les messages, d’identifier les canaux à renforcer, ou même de décider collectivement d’arrêter une action trop peu efficace. C’est aussi une manière de donner du sens à l’engagement de chacun et d’inscrire la démarche dans la durée.

7. S’inspirer, partager et mutualiser : un atout pour toutes les structures

En France, de nombreuses structures mutualisent conseils, supports libres de droits ou bonnes pratiques. Santé publique France, l’ANAP, l’IREPS, le CRES, le CIDJ, ou le Centre Hubertine Auclert (égalité femmes-hommes) proposent des guides concrets et parfois des modèles personnalisables. Utiliser des visuels mutualisés ou des campagnes déjà éprouvées est un gain de temps et d’impact considérable, notamment pour les petites équipes.

  • Rejoignez des groupes thématiques (Facebook, LinkedIn, réseaux inter-associatifs locaux…)
  • Pensez à la mutualisation des achats : impression groupée de flyers, création commune de vidéos ou d’outils numériques
  • Participez à des journées d’échanges ou de formation inter-structures
  • Investissez dans la formation continue des acteurs impliqués (communication bienveillante, production audiovisuelle, utilisation de Canva, initiation aux réseaux sociaux…)

Une stratégie avant tout humaine et dynamique : l’alliance des méthodes et du sens

La réussite d’une stratégie de communication en santé ne tient ni à la taille de l’organisation ni à la quantité d’outils à disposition : elle dépend de la qualité de l’écoute initiale, du collectif mobilisé et de la capacité à se remettre en question en continu. Valoriser les expériences de terrain, inviter la parole de celles et ceux qui font l’essence des projets santé, et expérimenter sans crainte de tester, mesurer, ajuster… : c’est là, dans cette agilité collective, que s’ancrent les démarches les plus efficaces et les plus inspirantes.

1 Source : Haute Autorité de Santé (HAS), Rapport 2021, “L’information des patients – attentes et enjeux”. D’autres ressources citées : Kantar pour France Assos Santé, Baromètre 2023 ; Santé Publique France, Guide “Informer pour agir” ; CIDJ, La communication en association, 2020.

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