Face à la raréfaction des moyens dans le secteur de la santé, la communication devient un défi stratégique. Organismes associatifs, établissements et équipes projet sont souvent contraints de faire des choix difficiles pour atteindre leurs objectifs. La priorisation des efforts de communication est alors essentielle pour maximiser l'impact tout en respectant les contraintes humaines et budgétaires. Cette démarche passe notamment par l’évaluation des besoins, la clarification des publics cibles, l’arbitrage entre visibilité et engagement, l’utilisation judicieuse d’outils gratuits ou peu coûteux, et la mobilisation de la force du collectif. Savoir prioriser ne signifie pas renoncer à l’impact mais, au contraire, canaliser son énergie là où elle produit le plus de valeur pour les bénéficiaires et les structures.

Comprendre l’environnement et les contraintes spécifiques de sa structure

Avant toute prise de décision, il est essentiel de connaître la réalité de son terrain. La communication santé, qu’elle s’adresse à des patients, des professionnels ou des décideurs, n’a pas le même sens ni les mêmes leviers partout. S’appuyer sur une analyse claire permet d’éviter la dispersion des efforts.

  • Cartographier ses ressources disponibles : quantifier les équivalents temps plein alloués à la communication, évaluer le budget dédié sur l’année, identifier les soutiens bénévoles ou partenariats possibles.
  • Identifier les contraintes immuables : calendrier sanitaire, spécificités règlementaires, points de vigilance déontologiques, etc.
  • Analyser son audience : qui sont vos principaux destinataires ? Quelles sont leurs attentes ? Où s’informent-ils, quelles difficultés rencontrent-ils ?

Des outils comme la matrice SWOT (forces-faiblesses-opportunités-menaces) appliquée à la communication sont très efficaces, à la fois pour poser un diagnostic partagé et faciliter la prise de conscience des forces parfois insoupçonnées. (Source : HAS – Haute Autorité de Santé, has-sante.fr)

Clarifier les objectifs de communication santé : un passage obligé

Les objectifs en communication santé sont souvent multiples : faire connaître une offre, renforcer le lien de confiance, améliorer le repérage précoce, soutenir la prévention, etc. L’écueil classique, c’est de vouloir assurer tous ces rôles simultanément – au risque de diluer son message et de surcharger son équipe.

Avant d’agir, il convient donc de se poser :

  • Quel(s) objectif(s) fondamental(aux) attend-on de la communication à court et moyen terme ? Est-ce recruter, fidéliser, expliquer, rassurer, mobiliser, collecter des fonds ?
  • Qu’est-ce qui fait la différence aujourd’hui dans notre contexte ? Existe-t-il une urgence ou une opportunité à saisir (nouveaux publics, crise, réforme, retombées presse, etc.) ?
  • Quels indicateurs permettront de mesurer les avancées, même modestes ?

Il est important de distinguer tâches urgentes (celles qui seraient problématiques si elles n’étaient pas réalisées) et tâches importantes (celles qui créent une vraie valeur à long terme). La matrice d’Eisenhower, qui classe les tâches selon qu’elles sont urgentes ou importantes, peut s’adapter facilement à l’organisation des actions de communication. (Source : Centre National de la Fonction Publique Territoriale, cnfpt.fr)

Co-construire et prioriser : embarquer le collectif pour décider ensemble

La force de la communication santé, ce sont ses équipes souvent plurielles : chargé·es de projet, soignant·es, usager·es, bénévoles… L’élaboration des priorités n’y échappe pas et gagne à être menée en groupe restreint, facilitant l’implication et l’adhésion.

Plusieurs méthodes existent pour organiser une priorisation collaborative :

  1. Le vote pondéré : chaque membre dispose de points à répartir selon la pertinence/urgence qu’il accorde à chaque objectif proposé.
  2. Le “dotmocracy” : coller des gommettes ou des points sur les actions jugées prioritaires lors d’un atelier collectif.
  3. La méthode MoSCoW : trier les tâches selon quatre catégories (“Must have”, “Should have”, “Could have”, “Won’t have this time”).
  4. Le Kanban visuel : organiser les tâches sur un tableau pour en visualiser la faisabilité, la progression et les dépendances.

Cette approche collaborative permet non seulement des choix éclairés mais réduit également les résistances au changement ou le sentiment d’isolement parfois ressenti par les personnes en charge de la communication.

Confronter les objectifs à la réalité : arbitrer selon les contraintes

Il faut ensuite confronter la liste des objectifs retenus à la faisabilité concrète :

Questions à se poser Impact potentiel Faisabilité RH/budget Outils/réseau disponibles
Cette action répond-elle clairement à un besoin identifié ? Fort Moyenne Oui
Pouvons-nous la mener seuls ou nécessitons-nous des renforts/partenariats ? Variable Faible à forte À clarifier
Y a-t-il un risque de dispersion ou d’épuisement des équipes ? -- Critique Non

À ce stade, il n’est pas rare de devoir renoncer à certaines idées : prioriser, c’est aussi accepter de différer ou d’abandonner temporairement des actions qui mobilisent trop de ressources pour un impact limité.

Maximiser l’impact avec des outils et méthodes adaptés aux ressources limitées

La créativité se révèle souvent davantage sous contrainte. Voici quelques leviers pour augmenter l’impact de sa communication santé même avec peu de moyens.

  • Privilégier les actions à forte valeur ajoutée : par exemple, un webinaire interactif ciblé, un atelier de sensibilisation en direct, un guide pratique PDF peuvent parfois avoir plus d’impact qu’une multitude de petits posts sur les réseaux sociaux.
  • Réutiliser et mutualiser : transformer un contenu phare en plusieurs formats (infographie, podcast, fiche synthèse), partager/co-construire les contenus avec d’autres structures ou réseaux.
  • S’appuyer sur des outils gratuits ou open source : suite Canva, logiciels libres pour la mise en page, plateformes d’organisation collaborative comme FramaPad ou Trello, newsletters gratuites (Mailchimp en version basique…)
  • Mobiliser la communauté : solliciter des témoignages d’usagers, faire participer des bénévoles, encourager le partage par le bouche-à-oreille numérique.
  • Automatiser quand c’est possible : planification des posts sociaux, réponses automatiques pour les questions fréquentes, etc.

L’essentiel reste d’adapter les choix d’outils à la culture de la structure et au niveau de compétence des personnes impliquées, pour éviter la dépendance à des solutions complexes ou difficiles à maintenir. (Source : Solidatech, solidatech.fr)

Mesurer, arbitrer, ajuster : adopter des indicateurs simples et pertinents

Comment savoir si les objectifs prioritaires sont atteints ? Il n’est ni nécessaire ni pertinent de multiplier les KPI à l’excès. Quelques indicateurs clés, choisis pour leur pertinence, suffisent amplement :

  • Évolution des participants ou adhérents suite à une campagne
  • Nombre de téléchargements ou consultations d’une ressource
  • Nombre et qualité des interactions (commentaires, retours usagers, partages…)
  • Fréquence des sollicitations ou demandes d’information
  • Feedback qualitatif d’un panel représentatif (questionnaires courts, interviews informelles…)

L’important est d’organiser régulièrement des points d’étape (mensuels ou trimestriels) pour ajuster le tir : célébrer les premières réussites, comprendre les blocages, simplifier si nécessaire, prioriser à nouveau.

Mettre la priorisation au service d’une communication plus humaine

Savoir dire non, poser des limites, arbitrer : autant de signes de professionnalisme qu’il est important d’assumer. Une communication santé priorisée, assumée et vécue collectivement, favorise la sérénité des équipes, la qualité des messages, la satisfaction des bénéficiaires. Elle replace la dimension humaine – la nôtre comme celle des publics – au cœur de la stratégie : dialoguer, former, rassurer, transmettre plutôt que multiplier à tout prix les supports. La question n’est jamais “Jusqu’où devons-nous communiquer ?”, mais plutôt “Comment pouvons-nous, ici et maintenant, communiquer avec justesse et impact ?” Les ressources sont comptées ; les idées, elles, sont souvent infinies tant qu’elles sont partagées et portées ensemble.

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