Pour créer des messages efficaces en communication santé à destination du grand public, il s’agit d’allier clarté, responsabilité et accessibilité, indépendamment de la taille ou du type de structure. Plusieurs éléments fondamentaux émergent :
  • Favoriser le langage simple, direct et non stigmatisant pour garantir la compréhension par tous.
  • Respecter les principes d’éthique et de responsabilité en privilégiant des sources fiables et en luttant contre la désinformation.
  • Utiliser les outils et méthodes issus de la littératie en santé pour adapter le niveau de complexité du message.
  • Impliquer les publics concernés dans la conception des messages pour mieux répondre à leurs besoins et à leurs représentations.
  • S’appuyer sur des exemples concrets, des illustrations visuelles et des formats multimédias pour renforcer la mémorisation.
  • Évaluer et ajuster en continu les messages grâce à des retours utilisateurs.
La qualité de la communication santé est un enjeu clé pour l’accès aux soins, la prévention et l’autonomisation des patients et citoyens.

Pourquoi la clarté et la responsabilité sont-elles essentielles en communication santé ?

La santé touche à l’intime, à l’émotionnel, à la confiance. Un message incompris, ambigu ou anxiogène peut empêcher d’agir, voire détourner d’un soin. Or, la « littératie en santé » – la capacité à rechercher, comprendre, évaluer et appliquer des informations de santé – reste faible pour une part importante de la population : dans les pays de l’OCDE, jusqu’à la moitié des adultes ont des difficultés à comprendre des informations médicales courantes (source : INCa).

Au-delà de l’enjeu d’accessibilité, la responsabilité s’impose : partage d’informations validées, lutte contre la stigmatisation, attention aux représentations, adaptation culturelle… Construire des messages responsables exige de donner du sens, de contextualiser et d’anticiper l’impact.

Choisir la simplicité du langage sans infantiliser

Le vocabulaire médical, les abréviations, les concepts flous ou les injonctions « à la mode » créent un fossé. Pourtant, « rendre simple » ne signifie pas « abrutir » ou « édulcorer », mais assumer une pédagogie claire :

  • Privilégier les phrases courtes. Expliquer un terme technique lorsqu’il est nécessaire.
  • Remplacer le jargon par des mots du quotidien : « hypertension » devient « tension artérielle trop élevée », « incubation » par « temps entre le contact avec le microbe et les premiers symptômes ».
  • Limiter le nombre de messages : une campagne efficace ne fait pas plus de 2 à 3 recommandations à la fois.
  • Préciser le contexte : plutôt que « faites attention », dire clairement à quoi il faut faire attention, pourquoi, et avec quels gestes concrets.

La démarche « Facile à lire et à comprendre » (FALC) fournit des outils précieux. Utilisée d’abord auprès de publics en situation de handicap, elle infuse peu à peu toute la communication santé participative. Elle invite à : écrire en police lisible, bien aérer le texte, structurer avec des pictogrammes, relire avec des personnes peu familières du lexique médical.

Responsabiliser ses messages : crédibilité, neutralité, éthique

Un message de santé a du poids. Pour le grand public, les sources sont brouillées entre institutions, témoignages, réseaux sociaux, rumeurs familiales. Or, face à la désinformation, la communication responsable conjugue plusieurs niveaux :

  • Toujours sourcer les informations, sans en noyer le lecteur sous des études incompréhensibles. Privilégier des références validées (HAS, Santé publique France, OMS, associations reconnues…).
  • Mettre à jour les contenus. Les recommandations évoluent vite : un dépliant obsolète peut induire de mauvaises décisions (exemple récent : recommandations vaccinales COVID-19 évolutives).
  • Ne pas stigmatiser. Une campagne contre l’obésité ou sur la santé mentale se doit d’éviter toute culpabilisation ou caricature, sous peine de renforcer l’isolement. Prendre en compte la diversité des vécus et contextes sociaux.
  • Assumer la nuance et l’honnêteté des limites. Quand il existe des controverses, le signaler (ex : au sujet des écrans pour les enfants, de l’alimentation, du tabac…). Un message trop catégorique peut décrédibiliser l’émetteur.

L’adoption de chartes éditoriales responsables ou l’inspiration des principes journalistiques (loyauté de l’information, vérification préalable, lutte contre les infox) peut baliser une communication robuste et respectée.

Co-construire avec le public et les pairs : la force de l’intelligence collective

Qui mieux que le public cible pour valider, amender, réorienter un message de santé qui lui est destiné ? De plus en plus d’initiatives font le pari de la co-construction, en associant patients experts, usagers, aidants ou « pairs » au travail de formulation. Cette démarche, préconisée dans la recherche participative et par la HAS (HAS), offre de multiples avantages :

  • Détecter les zones de malentendus ou de croyances erronées.
  • Adapter les canaux et les formats : affiche, podcast, vidéo, story Instagram…
  • Tester le degré d’acceptation et la tonalité.
  • Recueillir un vocabulaire ancré dans le quotidien des gens.

Des ateliers avec des représentants du public, la relecture par des « novices », ou l’implication de collectifs associatifs apportent une légitimité et une adéquation maximales.

Utiliser le visuel, le ludique, le narratif : renforcer la mémorisation

Plus de 60 % des informations reçues sont mieux retenues lorsqu’elles sont accompagnées d’une image (Santé publique France). Face à la profusion d’infos, un schéma didactique, une infographie, une courte scénette ou un témoignage marquant peuvent rendre un message bien plus impactant. Les éléments clés :

  • Illustrer chaque projection chiffrée par un graphique simple (nombre de personnes concernées, évolution, bénéfices d’une action).
  • Intégrer des témoignages de vie pour rendre palpables les enjeux : ceux-ci réhumanisent et motivent le passage à l’action.
  • Miser sur des vidéos pédagogiques courtes : tutoriels sur des gestes de premiers secours, tutoriels d’autosoins, animations sur l’importance de la vaccination…
  • Raconter des histoires (storytelling) : un récit réel, anonymisé, permet souvent d’embarquer là où le message informatif « brut » laisse indifférent.

Attention cependant à ne pas infantiliser le propos, ni tomber dans l’émotionnel excessif ou la dramatisation qui peuvent démotiver ou angoisser inutilement.

Tester, évaluer, ajuster : vers une communication santé agile

Quelle que soit la pertinence théorique d’un message, seul le retour du terrain affine sa forme : incompréhensions, oublis, contradictions émergent dès la première vague de diffusion. Il s’agit donc :

  1. De tester les messages sur des échantillons (focus groupes, questionnaires anonymes, entretiens).
  2. D’observer les réactions : quelles questions persistent ? Qu’est-ce qui est retenu ? Qu’est-ce qui pose problème ?
  3. D’accepter la critique et d’ajuster les contenus, au fil du temps, selon les retours concrets.
  4. De rester ouvert à l’évolution des connaissances et des attentes sociales : par exemple, l’arrivée des réseaux sociaux a créé de nouveaux codes et habitudes à intégrer.

Des plateformes comme Cartographier la littératie en santé proposent des outils d’évaluation des supports, très accessibles, à utiliser en équipe.

Exemples et outils pratiques pour des messages santé performants

Outil / Astuce Bénéfices Ressource / Exemple
Checklist “Questions à se poser” avant diffusion Évite les biais, vérifie l’accessibilité et la compréhension Inspirée des grilles INCA/HAS – disponible sur HAS
Lecture par un “non-expert” Identifie incompréhensions ou leçons non retenues Cercle familial, associatif, pairs
Modèles FALC Messages adaptés à tous, favorisent l’inclusion FALC – UNAPEI
Vidéos, podcasts Augmentent l'engagement et la mémorisation Initiatives de l’INSERM, de Santé publique France
Pictogrammes et symboles clairs Suppriment la barrière de la langue ou des troubles de lecture Banques d’images libres (Noun Project, SantéBD)

Les défis persistants… et l’énergie du collectif !

La volonté de formuler des messages clairs et responsables en communication santé reste confrontée à plusieurs défis : fracture numérique, complexité croissante des recommandations, circulation continue d’informations non vérifiées, nécessité d’adapter à des différences culturelles et linguistiques. Pourtant, chaque structure – si petite soit-elle – dispose aujourd’hui de ressources concrètes et d’appuis pour progresser.

Cultiver l’échange de pratiques, l’entraide entre professionnels, la formation continue, et oser interroger la pertinence de ses supports, sont les forces vives de toute communication santé engagée. Ensemble, appuyons-nous sur la diversité de nos contextes et publics pour faire émerger, chaque jour, une parole de santé plus claire, fiable et inclusive.

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