Dans un secteur médico-social de plus en plus encadré, la communication ne peut plus s’improviser. Elle doit répondre à la fois à des objectifs stratégiques – valoriser l’établissement, informer, impliquer les usagers – et à des obligations réglementaires précises imposées par la législation française. Cela implique de :
  • Comprendre le cadre légal (loi 2002-2, RGPD, droits des usagers, transparence…)
  • Sécuriser les messages et supports (accessibilité, confidentialité, information loyale)
  • Associer les parties prenantes (usagers, familles, professionnels, autorités de contrôle)
  • Définir des objectifs de communication compatibles avec la règlementation
  • Miser sur la formation et la veille pour suivre l’évolution des obligations
Trouver cet équilibre permet de bâtir une communication responsable, efficace et protectrice pour l’établissement comme pour les publics accompagnés.

Comprendre le cadre réglementaire : une base non négociable

La communication d’un établissement médico-social ne se limite pas à faire connaître ses activités. Elle est encadrée par un ensemble de textes législatifs et réglementaires, parmi lesquels :

  • La loi du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale : elle pose les bases de l’information, de la participation et des droits des usagers (notamment via le livret d’accueil, le règlement de fonctionnement, le Conseil de la Vie Sociale, etc.).
  • La loi Informatique et Libertés et le RGPD : toute collecte ou diffusion d’informations personnelles doit s’effectuer dans le strict respect de la vie privée et de la protection des données.
  • La loi du 11 février 2005 sur l’accessibilité : les informations doivent être accessibles à tous, quels que soient l’âge, le handicap ou la vulnérabilité.
  • Le code de la santé publique et le code de l’action sociale et des familles : ils imposent la transparence et l’honnêteté dans l’information diffusée.

Les sanctions en cas de défaillance sont réelles : contrôle de l’ARS (agence régionale de santé), signalement du Défenseur des droits, sanctions administratives, voire pénales en cas de manquement grave.

Identifier les attentes réglementaires clés en matière de communication

Quelles sont concrètement les obligations attendues de la part d’un établissement médico-social en matière de communication ? Voici les axes incontournables :

  • Transparence vis-à-vis des usagers et familles : toute structure doit fournir une information fiable, lisible et adaptée sur ses missions, ses services, son organisation, ses tarifs et procédures.
  • Droit à l’information et à la participation : les usagers et leurs proches doivent pouvoir s’exprimer, formuler des avis et participer aux décisions les concernant (exemples : Conseil de la Vie Sociale, réunions d’information, enquêtes de satisfaction).
  • Protection et confidentialité des données : la communication ne doit jamais exposer d’informations personnelles sans consentement éclairé.
  • Accessibilité des supports : dépliants, affichages, sites web, documents doivent être pensés pour tous, y compris pour des publics en situation de handicap cognitif, sensoriel ou linguistique.

Exemple 1 : Le livret d’accueil

L’obligation de remettre un livret d’accueil à l’entrée de l’usager (décret 2004-1274) implique de fournir une information claire, exhaustive et actualisée sur les droits et devoirs, le fonctionnement de l’établissement, les démarches à suivre en cas de difficulté. Ce support, souvent négligé, peut devenir un véritable outil de communication positive, à condition d’être repensé avec les utilisateurs.

Exemple 2 : Communication numérique et RGPD

Diffuser des photos, actualités ou témoignages sur un site internet ou un réseau social engage juridiquement la responsabilité de l’établissement : il s’agit d’obtenir préalablement l’accord écrit des personnes concernées et de sécuriser la gestion des données (source : CNIL).

Définir des objectifs de communication compatibles avec la réglementation

Pour un établissement médico-social, les objectifs de communication classiques sont souvent : renforcer la notoriété, rassurer les familles, recruter, améliorer l’expérience usager, valoriser ses équipes et ses projets. Mais ces objectifs ne doivent pas être poursuivis au détriment du respect du cadre légal. Co-construire sa stratégie de communication autour de la réglementation, c’est s’obliger à se poser les bonnes questions, au bénéfice de la qualité et de la confiance.

Questions-clés pour aligner objectifs de communication et contraintes légales
Objectif visé Question à se poser Réflexe réglementaire
Améliorer la visibilité L’information diffusée est-elle honnête et non trompeuse pour les usagers ? Respect de la loyauté, pas d’exagération, pas de sélection orientée
Mettre en avant des réussites Ai-je obtenu le consentement des personnes citées ou photographiées ? S’assurer des autorisations écrites et du droit à l’image
Faciliter l’intégration des nouveaux arrivants Mon livret d’accueil est-il accessible et compréhensible pour tous ? Respect de la réglementation sur les supports accessibles (écriture FALC, pictogrammes…)
Promouvoir l’innovation Est-ce que je relaie une information validée par l’équipe pluridisciplinaire ? Vérification des contenus, des recommandations de bonnes pratiques

Associer les parties prenantes pour sécuriser la stratégie de communication

L’implication des usagers, familles, membres du personnel et représentants du CVS dans l’élaboration de la stratégie de communication est non seulement encouragée par la loi, mais se révèle un outil puissant pour s’assurer du respect du cadre réglementaire. Cette co-construction permet aussi de repérer les risques, les malentendus ou les supports inopérants.

  • Consultations régulières : organiser des ateliers autour des supports d’information, consulter le Conseil de la Vie Sociale pour relire des documents clés, diffuser des enquêtes de satisfaction sur la communication.
  • Feedback continu : mettre en place une boîte à idées ou un canal anonyme (numérique ou papier) pour remonter facilement les manquements ou besoins.
  • Interopérabilité avec les professionnels du droit : solliciter des juristes, correspondants CIL/DPO (délégué à la protection des données), pour valider certains messages complexes ou en cas de doute.

Dans certaines structures innovantes, des comités éditoriaux mixtes réunissent soignants, éducateurs, familles et usagers : une dynamique qui valorise l’éthique et qui limite le risque de maladresse réglementaire.

Sécuriser ses supports et ses pratiques de diffusion

Pour aligner communication et réglementation, la mise en conformité ne se limite pas à l’expression écrite : la forme et le canal de diffusion sont également concernés.

  • Créer des documents accessibles : promouvoir le Facile à Lire et à Comprendre (FALC), recourir à des versions audio ou vidéo sous-titrées, privilégier des couleurs et des typographies adaptées.
  • Sécuriser le numérique : sécurisation des contenus publiés en ligne (anonymisation, protection par mot de passe pour les espaces sensibles), vérification des cookies, mention explicite de la politique de confidentialité (cf. CNIL).
  • Traçabilité des consentements : archivage systématique des autorisations de publication d’image ou de témoignage, protocole pour les collectes de retours d’expérience.
  • Limiter l’accès à certains supports : gestion différenciée de l’information destinée au grand public versus celle destinée aux usagers ou aux professionnels (exemple : espace famille privé sur le site internet).

Bonnes pratiques recommandées

  • Créer une “charte de communication” rédigée avec tous les acteurs, intégrant une veille permanente sur l’évolution des obligations.
  • Programmer des sessions de formation annuelles sur les aspects juridiques et éthiques de la communication, en les adaptant aux nouveaux outils numériques.
  • Utiliser des guides pratiques pour la rédaction de supports, comme le “Guide de la communication accessible” (ANAP, 2021), très utile pour repérer les pièges à éviter et les critères objectivables de conformité.

Apprendre de l’expérience : études de cas inspirantes

Plusieurs établissements médico-sociaux ont mis en place des dispositifs exemplaires pour allier ambition communicationnelle et respect des obligations réglementaires :

  • L’EHPAD Saint-Jory (Haute-Garonne) : l’établissement a co-créé son livret d’accueil avec des familles et des résidents. Résultat : rédaction en FALC, pictogrammes, versions en plusieurs langues et, surtout, baisse nette des litiges liés au manque d’information.
  • La Fondation Les Amis de l’Atelier : une charte graphique et éditoriale commune à tous les ESMS comprenant un “kit d’accords” (droit à l’image, témoignages, diffusion de projets pédagogiques), validé annuellement par un juriste externe.
  • IME Auguste-Renoir, Paris : pour chaque publication numérique (intranet, actualité, vidéo), un binôme éducateur/usager s’assure collectivement que les contenus sont conformes RGPD et accessibles.

D’autres retours montrent que la désignation d’un référent “communication / conformité” ou la constitution d’un groupe projet interdisciplinaire permet non seulement d’éviter les non-conformités, mais crée une dynamique de transparence et de valorisation interne.

Perspectives et inspirations pour aller plus loin

À l’heure où la communication évolue sans cesse et où la réglementation se densifie, rester aligné nécessite une vigilance continue : veille juridique, cartographie régulière des risques, capitalisation des retours d’expérience. La force du secteur médico-social réside aussi dans sa capacité à mutualiser les bonnes pratiques : n’hésitez pas à partager vos outils, à solliciter les ressources de collectifs, fédérations et pôles ressources régionaux. En résumé, une communication médico-sociale performante et régulée, ce n’est pas l’expression la plus brillante ou la plus “vendeuse”. C’est la capacité à diffuser une information juste, adaptée, accessible, construite avec et pour ses usagers, dans le respect du droit et de l’éthique. Une exigence, mais surtout une formidable opportunité d’inventer de nouvelles façons de dialoguer et de collaborer entre tous les acteurs de la santé.

  • Sources utiles & ressources :
  • Cnil.fr : “Communication et obligations RGPD dans le médico-social”
  • ANAP : “Guide de la communication accessible en établissement médico-social” (2021)
  • Ministère des Solidarités : “Droits des usagers – Loi 2002-2”
  • Haute Autorité de Santé : “Fiches pratiques Information et participation”

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