Pourquoi l’éthique est essentielle dans la communication santé associative

La communication des associations de santé occupe une place si centrale qu’elle façonne la confiance accordée par les patients, les usagers, les soignants et l’ensemble de la société civile. Contrairement à d’autres secteurs, elle concerne des contenus sensibles, engage des personnes fragilisées et influence des choix qui peuvent impacter la santé, voire la vie, des publics concernés. En matière de santé, l’erreur ou la dérive ne se paie pas seulement en bad buzz : les conséquences peuvent être graves, humaines, juridiques, réputationnelles et financières.

À une époque où la transparence et la lutte contre les fake news sont devenues des priorités de santé publique (voir l’OMS, recommandations sur l’infodémie), les associations sont tenues d’exemplarité, car leurs messages sont souvent perçus comme sincères, dénués d’intérêts commerciaux et porteurs de sens. Pourtant, la frontière éthique peut vite être franchie, que ce soit par maladresse, urgence, manque de moyens ou pression de résultats.

1. Risque majeur : Perte de confiance et d’adhésion

L’un des risques les plus immédiats d’une communication non éthique est la perte de confiance. Dans le champ associatif, la confiance est la monnaie d’échange principale : 70% des Français déclarent qu’ils accordent plus facilement leur confiance à une association qu’à une entreprise privée lorsqu’il s’agit de messages liés à la santé (Baromètre Hexopée/Harris Interactive 2023). Mais cette confiance est fragile : une campagne ambiguë, une information exagérée ou inexacte, un partenariat mal contextualisé peuvent suffire à la faire basculer.

  • Exagération des résultats : Certains organismes peuvent être tentés de “gonfler” l’impact de leurs actions pour capter des dons, recruter des bénévoles ou convaincre des financeurs. C’est tentant, mais cette dérive se retourne quasi systématiquement lorsque le réel ne suit pas ou lors d’un contrôle.
  • Oubli ou manque de transparence sur les conflits d’intérêts : Par exemple, une campagne menée avec le soutien (financier ou logistique) d’industriels de la santé doit impérativement le mentionner. La non-divulgation de financement peut alimenter le soupçon de manipulation ou d’instrumentalisation.
  • Déformation involontaire : Des messages mal relus ou non validés par un comité scientifique peuvent transmettre des données erronées, alimentant alors le discrédit.

Exemple : En 2022, la promotion d’un “kit anti-migraine” par une association sans validation scientifique s’est retrouvée au centre d’une polémique sur les réseaux sociaux : l’association a non seulement perdu plusieurs soutiens, mais elle a dû justifier sa démarche devant l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

2. Problèmes juridiques et risques réglementaires

Les associations qui communiquent sur la santé sont soumises à différentes réglementations, comme la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades, le Code de la santé publique, ainsi que le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD). Une communication non éthique ou non conforme peut exposer à :

  • Sanctions administratives pour diffusion de fausses informations ou incitations dangereuses (sanctions prévues à l'article L5122-15 du Code de la santé publique : jusqu’à 30 000 € d’amende en cas de publicité trompeuse sur un médicament ou dispositif médical, même non intentionnelle).
  • Plainte pour diffamation ou dénigrement, si une association attaque publiquement, sans preuve, un acteur, un soignant ou un autre collectif.
  • Mise en cause pour non-respect du RGPD en cas de collecte ou diffusion abusive de données personnelles sur des usagers ou des bénéficiaires (la CNIL a infligé 100 amendes en 2023, pour un montant total de près de 80 millions d’euros, dont plusieurs dans le secteur associatif, source : CNIL ).

Un cas marquant : en 2021, une grande association de défense de patients a été rappelée à l’ordre par la CNIL après avoir utilisé le témoignage vidéo d’une bénéficiaire sans son consentement écrit et complet. Préjudice réputationnel direct, retrait de la vidéo exigé, explication publique du manquement.

3. Mise en danger des publics vulnérables

La communication associative ne relève pas seulement de la promotion : elle est aussi vecteur d’information et d’éducation à la santé. Malheureusement, une communication manipulatrice, anxiogène ou basée sur des “solutions miracles” peut exposer à plusieurs dangers :

  1. Retard ou refus de soins : Si un message laisse croire qu’une solution non éprouvée permet d’éviter un traitement indispensable, certains bénéficiaires retardent leur prise en charge. C’est le cas, par exemple, de la médiatisation de régimes ou compléments alimentaires supposés guérir des maladies graves.
  2. Stigmatisation involontaire : Des visuels ou slogans maladroits peuvent catégoriser les malades et renforcer les stéréotypes (exemple : associer systématiquement obésité et absence de volonté, une dérive encore trop fréquente voire notifiée dans plusieurs rapports : source INSERM, “Lutter contre la stigmatisation de l’obésité”, 2022).
  3. Impact psychologique négatif : Vulgariser un sujet complexe avec des formules-chocs, dramatiser une campagne ("1 femme sur 3 meurt de…") peut renforcer l’anxiété, freiner la recherche d’aide ou provoquer des sentiments de culpabilité, surtout chez les plus fragiles.

En février 2023, SOS Médecins a relevé une augmentation de 12% de crises d’angoisse chez les adolescents après la diffusion de campagnes alarmistes sur les réseaux sociaux concernant le suicide et la santé mentale (Observatoire CRCM).

4. Discrédit médiatique et dégâts réputationnels à long terme

Les associations sont souvent scrutées par les journalistes, les institutions et d’autres associations. Une communication imprécise ou douteuse nuit non seulement à la structure en question, mais déteint sur l’écosystème entier, sapant l’image globale du secteur associatif.

  • Le Sondage Odoxa 2022 indique que, suite à une affaire médiatique impliquant une association sur des pratiques douteuses, la confiance dans le secteur en général diminue de 9 points en moyenne pendant l’année qui suit.
  • L’étude EFA (European Fundraising Association) 2021 signale que 42% des donateurs “cesseraient immédiatement tout appui à une association mise en cause pour communication trompeuse”.
  • Une mauvaise réputation accroît la difficulté à obtenir financements, agréments, mécénat, ou simplement à mobiliser des forces vives (bénévoles, salariés, partenaires).

5. Érosion du lien avec les professionnels et les institutions

Une association qui s’aventure dans une communication litigieuse s’expose également à une rupture du dialogue avec le corps médical, les tutelles, les partenaires institutionnels. Un professionnel de santé peut délaisser complètement une structure qui relaie des messages non validés ou assimilés à du charlatanisme.

Commissions, groupes de travail régionaux, réseaux d’acteurs peuvent choisir d’écarter une association dont la fiabilité communicationnelle a été remise en question, avec à la clé un isolement croissant.

Comment prévenir ces risques ? Bonnes pratiques et outils pour communiquer de façon éthique

Préserver l’éthique de la communication n’est pas qu’une obligation morale : c’est une nécessité stratégique. Quelques pistes concrètes pour limiter les dérives et instaurer une culture saine de la communication.

Mettre en place des procédures de validation

  • Validation interne : Impliquer plusieurs regards croisés avant toute diffusion (communication, médical, usagers, etc.).
  • Recours à un comité scientifique ou éthique pour les contenus sensibles ou innovants.

Transparence sur les partenariats et les financements

  • Mentionner systématiquement les soutiens financiers ou institutionnels dans les supports et actions de communication.
  • S’assurer que les partenariats ne conditionnent pas le contenu des messages (preuve d’intégrité).

Respect des données personnelles

  • Consentement systématique et traçabilité du recueil de consentement quand il s’agit de témoignages, d’images ou de visages.
  • Vérification du respect du RGPD : confidentialité, droit à l’oubli, limitation de la diffusion.

Rédaction inclusive et responsable

  • Eviter la stigmatisation, les préjugés, le sensationnalisme dans la rédaction de messages.
  • Promouvoir le regard positif, la pédagogie et la valorisation du pouvoir d’agir plutôt que la dramatisation ou la culpabilisation.

Sensibilisation et formation continue

  • Former les équipes à la déontologie, au fact-checking, et à la posture de “doute constructif”.
  • Utiliser des outils d’auto-évaluation éthique (voir la grille d’analyse déontologique proposée par la Fédération Française des Diabétiques ou la charte d’éthique communication de la Fondation de France).

Des ressources pour aller plus loin

Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir le sujet :

Pour bâtir un avenir associatif durable

La tentation d’aller vite, de frapper fort ou de simplifier à l’extrême est grande dans la communication santé, surtout dans le secteur associatif où l’urgence, la pression des besoins, et la rareté des moyens poussent parfois à la limite. Pourtant, chaque message, chaque visuel, chaque témoignage engage la réputation, la crédibilité et, parfois, la santé de personnes réelles. Investir dans une communication éthique n’est pas un luxe ou un frein : c’est la condition pour préserver l’essence même de l’engagement associatif et la force du collectif. Favoriser le discernement, encourager la formation et accueillir les réflexions critiques, c’est aussi donner à son association toutes les chances de durer, et de changer durablement – et positivement – la santé de notre société.

En savoir plus à ce sujet :