La communication santé fait face à des défis majeurs lors des crises sanitaires et sociales. Celles-ci bouleversent les repères, accélèrent la circulation de l’information, et amplifient le besoin de confiance et de transparence. Pour évoluer efficacement, il devient vital d’adapter sa stratégie en tenant compte :
  • de l’accélération de l’infodémie et de la désinformation,
  • de la nécessité de renforcer la proximité et l’écoute auprès de ses publics,
  • du rôle central de la co-construction des messages en impliquant les acteurs de terrain,
  • de l’importance des outils numériques et de la diversité des canaux,
  • de la mise en place de routines de veille, d’évaluation et d’ajustement rapide,
  • et de la valorisation d’initiatives porteuses de confiance et d’utilité sociale.
La réussite repose sur la réactivité, l’adaptabilité, la transparence et la collaboration de tous les acteurs de la santé, quels que soient leurs moyens.

Les crises, révélatrices des limites des stratégies classiques

Avant toute chose, une crise ne se résume jamais à une urgence sanitaire : elle va bien souvent de pair avec des interrogations sociales, économiques et culturelles profondes. La pandémie de COVID-19 a mis en lumière la fragilité du lien de confiance entre institutions, professionnels et citoyens : selon Santé publique France, en 2021, seuls 40% des Français déclaraient avoir confiance dans l’information officielle concernant la crise sanitaire (Santé publique France).

Plusieurs limites sont régulièrement pointées dans les stratégies de communication traditionnelle :

  • Trop de verticalité, de discours descendant, peu de place aux questions du public.
  • Des messages perçus comme déconnectés du terrain, parfois trop techniques.
  • Des canaux classiques saturés et peu adaptés (communiqués, affiches, conférences de presse).
  • La difficulté à répondre à la viralité de la désinformation.

Les crises révèlent donc la nécessité d’évoluer, d’imaginer une communication plus vivante, plus partenariale et adaptée à l’urgence, mais aussi à la complexité des réalités locales et des besoins individuels.

Comprendre les enjeux clés : confiance, réactivité, dialogue

Face aux crises, trois axes stratégiques s’imposent pour toute structure, petite ou grande :

  • Renforcer la confiance : partager des informations claires, compréhensibles, vérifiées, et reconnaître les incertitudes.
  • Instaurer un dialogue continu : permettre l’expression des questions, craintes et désaccords, y répondre avec pédagogie, placer la co-construction au centre des messages.
  • Être réactif et adaptatif : adapter rapidement les contenus, sélectionner les canaux appropriés (digitaux, médias locaux, relais associatifs…), ajuster les modes de contact en fonction des retours du terrain.

La communication de crise ne consiste pas à rassurer à tout prix ou à « contrôler » l’opinion, mais bien à créer les conditions pour un véritable lien de confiance.

Lutter contre l’infodémie et la désinformation : les outils indispensables

Le terme « infodémie » popularisé lors de la pandémie désigne cette « épidémie d’informations », où info avérée, fausses nouvelles, rumeurs et interprétations personnelles se mêlent en temps réel. Selon l’OMS, près de 70% des citoyens européens ont été exposés à au moins une information fausse ou trompeuse lors de la crise COVID-19 (OMS, 2021).

  • Mettre en place une veille efficace : suivre les médias, réseaux sociaux, forums pour remonter les questions, rumeurs et besoins non couverts.
  • Collaborer avec les relais de confiance : associations, élus, professionnels de santé, leaders informels… capables de relayer les messages avec proximité et crédibilité.
  • Oser la transparence : expliquer ce que l’on sait, ce que l’on ne sait pas, pourquoi certaines décisions sont prises, même au risque de susciter l’inconfort.
  • Corriger rapidement les fausses informations : des « fact-checkings » adaptés localement, visuels partagés, vidéos brèves, FAQ régulièrement à jour.
  • Former les acteurs terrain à l’attitude critique et à la transmission fiable des infos : modules courts, ateliers d’empowerment, ressources pédagogiques.

Renforcer la proximité et la participation : réussir la co-construction

Toute crise retisse les liens, mais aussi les failles, dans le tissu social. Les démarches participatives et coopératives deviennent cruciales :

  • Associer usagers, professionnels, citoyens à la création ou l’adaptation des messages.
  • S’appuyer sur les structures de quartier, les associations, les collectifs pour trouver le bon ton, la langue, les formats adaptés.
  • Organiser des ateliers de co-construction, du théâtre forum, des podcasts avec différents publics pour tester et enrichir les messages.
  • Valoriser les témoignages de pairs, d’aidants, de patients engagés, qui ouvrent d’autres regards et crédibilisent les discours.

Exemple inspirant : pendant la pandémie, plusieurs villes ont mobilisé des « médiateurs santé » issus des quartiers populaires pour relayer les consignes sanitaires de façon adaptée et lutter contre la défiance (Le Monde, 2021).

Le numérique, atout ou défi ?

Si les réseaux sociaux et messageries instantanées accélèrent la diffusion des rumeurs, ils constituent aussi un levier formidable de connexion et d’agilité. Encore faut-il maîtriser quelques règles d’or :

  • Sélectionner les bons canaux selon ses publics : WhatsApp pour toucher des parents, TikTok pour les adolescents, groupes Facebook pour les seniors… chaque plateforme a ses codes et ses usages.
  • Privilégier les formats courts, visuels, interactifs : stories, sondages, messages vocaux, partages en direct…
  • Modérer et animer ses espaces : ne pas laisser les groupes sans réponse en cas de questions difficiles ou de désinformation.
  • Conserver des points de contact humains : hotlines, permanences téléphoniques, ateliers, permanences itinérantes, pour les publics moins connectés ou peu à l’aise avec le numérique.

Trouver l’équilibre entre digital et présentiel : une bonne pratique

  • Proposer une FAQ mise à jour à la fois sur le site et affichée dans les lieux de passage (salles d’attente, centres sociaux).
  • Créer des petits groupes de discussion en ligne, tout en organisant des réunions d’information locales quand c’est possible.

Évaluation et ajustement permanent de la communication de crise

Parce que la crise évolue vite, votre stratégie aussi doit être en constante évolution. Les clés pour ne pas s’enfermer dans de fausses certitudes :

  1. Mettre en place des outils d’écoute : questionnaires courts, micros-trottoirs, écoute des appels reçus, remontées terrain des intervenants.
  2. Analyser les données d’impact : nombre d’appels, taux de partage de vos posts, échos dans la presse locale…
  3. Réunir régulièrement un comité de suivi : il croise les regards (soignants, communicants, patients, associatifs) pour identifier les besoins émergents, soulever les incompréhensions et adapter le plan.
  4. S’autoriser à corriger ou reformuler ses messages : reconnaître une maladresse ou une erreur de communication peut contribuer à renforcer la confiance.

Aller plus loin : soutenir et valoriser les relais d’initiatives

Les périodes de crise sont parfois de formidables laboratoires d’initiatives. Qu’il s’agisse d’ateliers créatifs, de podcasts de terrain, de newsletters collaboratives ou de programmes d’éducation par les pairs, toutes les idées sont bonnes à partager et à mutualiser.

Initiative Bénéfice Ressource ou exemple
Podcast pédagogique rassemblant soignants et patients Créer un espace de dialogue, donner à entendre la pluralité des voix Podcast « Covidéos »/Assistance Publique-Hôpitaux de Paris
Webinaire de questions-réponses animé par plusieurs associations Favoriser le sentiment d’appartenance, rassurer via la présence de pairs Initiative France Assos Santé, 2021
Atelier de création d’affiches multilingues avec des relais locaux Démultiplier l’efficacité, capter des publics non francophones Exemples menés par la Ville de Montpellier

Favoriser une communication engagée, humaine et adaptative : ce qu’il faut retenir

Réussir sa communication santé en période de crise, c’est conjuguer quête d’efficacité, agilité permanente, implication du terrain et recherche active de sens. Chaque structure, même la plus modeste, a la capacité d’évoluer et d’innover : en mutualisant ses retours d’expérience, en tissant des alliances naturelles avec ses relais de terrain, en s’accordant le droit à l’ajustement. Face aux tensions et incertitudes, la pédagogie, la créativité, la capacité à écouter – mais aussi à déléguer la parole – font toute la différence.

Dans une société où la défiance, la surcharge informationnelle et la peur du lendemain sont puissantes, la communication santé invite à une profonde remise en question. Bien accompagnée, elle devient un moteur d’action collective, une source de repères fiables, et un facteur de cohésion sociale indispensable pour demain.

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