Pourquoi la responsabilité sociale (RSE) s’impose aujourd’hui en santé

Évoquer la responsabilité sociale des établissements de santé (RSE) ne relève plus aujourd’hui d’un simple engagement éthique : il s’agit d’une attente forte et concrète de la part des citoyens, des professionnels et des partenaires. Grandes structures comme petits établissements sont désormais interpellés sur leur impact social, environnemental, économique, humain... La communication joue ici un rôle pivot, à la fois levier d’engagement, de confiance et de transformation.

En France, la RSE dans la santé a pris un essor sans précédent ces dernières années, impulsée autant par des évolutions réglementaires – loi PACTE, Stratégie nationale sur les Investissements d’Avenir, Agenda 2030 de l’ONU – que par l'exigence croissante des usagers et collaborateurs :

  • Selon un sondage Harris Interactive (2021), 70 % des Français attendent des hôpitaux et cliniques qu’ils prennent position sur les enjeux sociaux et environnementaux.
  • Un établissement engagé bénéficie d’une meilleure attractivité : 61 % des jeunes professionnels de santé citent l’engagement sociétal comme un critère décisif de choix d’employeur (APM, 2023).
  • Les inégalités sociales et environnementales, accentuées par la crise Covid-19, ont rendu incontournable une approche holistique et inclusive.

Mais attention : communiquer sur la RSE doit se faire avec sincérité et cohérence. Le greenwashing ou le simple affichage sans acte concret décrédibilisent la parole institutionnelle. C’est là tout l’enjeu d’une stratégie de communication réellement responsable, centrée sur la co-construction, la transparence et l’action.

Définir la responsabilité sociale en santé : de quoi parle-t-on ?

La responsabilité sociale des établissements de santé recouvre l’ensemble des actions visant à intégrer, dans la mission de soin, la protection de l’environnement, le respect des droits humains, la promotion de l’égalité, de l’inclusion et du bien-être au travail, tout en développant un ancrage territorial fort. Elle s'appuie notamment sur la notion d’hôpital citoyen ou d’établissement ancré dans son environnement.

Les axes principaux de la RSE en santé :

  • Accessibilité et équité : Garantir un accès égal aux soins, lutter contre les discriminations, adapter la communication à tous les publics.
  • Développement durable : Réduire l’empreinte environnementale des activités (énergie, déchets, alimentation, circuits courts...)
  • Dialogue territorial : Favoriser la co-construction des projets avec les associations, collectivités, usagers, familles.
  • Bien-être et inclusion internes : Développer la qualité de vie au travail (QVT), l’équité, l’inclusion des collaborateurs.

Pour aller plus loin, on peut consulter le guide « Déployer la RSE dans les établissements publics de santé » de l’Anap (source).

Pourquoi intégrer la responsabilité sociale à la stratégie de communication ?

  • Renforcer la crédibilité et la confiance : La transparence sur ses engagements crée un lien durable avec les usagers et rassure en période de crise ou de changement.
  • Mobiliser les équipes et partenaires : Une communication engageante donne du sens au collectif et favorise l’adhésion en interne.
  • Anticiper les risques de réputation : Une parole authentique et cohérente limite l’effet des polémiques et des accusations de « fausse communication responsable ».
  • Valoriser les actions concrètes: Trop d’initiatives RSE restent invisibles ! Bien communiquer, c’est aussi rendre visibles les efforts, les innovations, et inspirer d’autres acteurs.

En résumé : la communication n’est pas qu’une vitrine, elle façonne la culture et le rôle de l’établissement dans la société.

Concrètement, comment faire ? Méthodes, outils et bonnes pratiques

Voici un parcours en 5 étapes clés, assorti d’exemples, outils et points d’attention issus de retours d’expérience en établissements hospitaliers, cliniques, instituts de soins...

1. Ancrer la communication RSE dans un projet d’établissement partagé

  • Impliquer toutes les parties prenantes dès l’amont : Organiser des ateliers collaboratifs (soignants, agents, patients, bénévoles, partenaires locaux) pour identifier les enjeux RSE prioritaires : égalité femmes-hommes, accessibilité PMR, circuits courts alimentaires, dialogue avec les associations d’usagers, gestion des déchets, efficacité énergétique...
  • Co-construire une charte RSE accessible : Expliquer en langage clair les engagements et mettre à disposition un document de référence, affiché et relayé sur tous les canaux. Exemple à étudier : la charte RSE de l’AP-HP Nord (accessible depuis leur site : source).

2. Privilégier la transparence et l’honnêteté sur les actions (et les limites)

  • Informer sur les réalisations, mais aussi sur les difficultés rencontrées : Par exemple, partager un tableau de bord semestriel public, indiquant les objectifs, résultats et actions d’amélioration à venir.
  • Raconter les coulisses : Orchestrer des formats « dans les coulisses », témoignages vidéo, interviews croisées où une équipe raconte son projet RSE : réduire les gaspillages alimentaires, rendre un service plus accessible, etc. Ce storytelling concret humanise la démarche et favorise la confiance.

3. Adapter la communication à chaque public et canal

  • Mixer supports numériques, print et interactions humaines : Ne pas se limiter au site ou à l’intranet : penser affiches dans les halls, ateliers d’information, newsletters éducatives, vidéos courtes adaptées réseaux sociaux (TikTok, Instagram, LinkedIn...).
  • Traduire et décliner les messages : Adapter les supports aux différents publics (patients allophones, publics fragiles, personnes en situation de handicap), par la traduction, l’usage de pictogrammes, le recours à des médiateurs.

Exemple : le CHU de Nantes a développé, en lien avec ses associations partenaires, un kit d’information sur la transition écologique hospitalière à destination de ses patients, traduits en 7 langues et diffusés sur écran, salons d’attente et lors d’ateliers (Cf. CHU Nantes).

4. Encourager la participation, l’écoute et le dialogue

  • Ouvrir des « consultations citoyennes » : Lancer régulièrement des appels à propositions ou boîtes à idées sur des sujets précis : alimentation, accessibilité, horaires, mobilités douces, etc. Les retours doivent être valorisés, suivis d’actions visibles.
  • Former des relais internes et externes : S’appuyer sur des ambassadeurs RSE : membres du personnel, bénévoles, usagers impliqués, qui relaient les messages et font remonter les besoins du terrain.
  • S’associer à des campagnes nationales ou locales : Comme le Printemps de la Santé Durable (FHF), la Semaine Européenne du Développement Durable, Octobre Rose, la Semaine pour la Qualité de Vie au Travail...

5. Évaluer et ajuster en continu la communication RSE

  • Mesurer l’impact : Utiliser des indicateurs adaptés : taux de satisfaction des usagers sur l’information reçue (enquête annuelle), nombre de participants aux ateliers ou événements, volume des déchets triés, nombre d’alertes ou suggestions recueillies, évolution de l’absentéisme...
  • Réajuster et communiquer sur les suites données : Partager avec l’ensemble des usagers et professionnels les bilans, ajustements et nouveaux engagements.

Des modèles d’indicateurs et d’auto-évaluation existent, notamment dans le guide « Diagnostic et outils de pilotage RSO » de la HAS (source).

Points d’attention : éviter les écueils classiques

  • Greenwashing et « RSE-washing » : Annoncer des engagements sans actes tangibles ou sans transparence sur les progrès, c’est risquer de perdre la confiance et de subir une mauvaise réputation.
  • Résonance interne/externe : Une action valorisée en externe mais inconnue de l’interne, ou vice versa, crée une incohérence. Toute communication doit être partagée et discutée à tous les niveaux.

Inspirations et exemples réussis

Plusieurs établissements innovent et montrent la voie sur l’intégration de la RSE et leur communication :

  • Le CHU de Rennes : Sa politique RSE est portée par une gouvernance impliquant des représentants de chaque service, une communication intégrée (newsletter RSE grand public, podcast interne, forum participatif des patients).
  • L’Institut Curie : Met en avant une plateforme d’engagement collaboratif où patients et professionnels co-définissent les priorités RSE, et une application mobile dédiée à la transition écologique du site, avec rapports trimestriels accessibles.
  • Le GHT de Bourgogne Méridionale : Mise en place d’une communication multicanale qui valorise les partenariats locaux (territoire santé-environnement), les ateliers de co-construction en santé mentale et la promotion d’une alimentation durable à l’ensemble des usagers, via vidéos, affiches et actions terrain.

D’autres exemples inspirants sont régulièrement publiés sur les sites de la Fédération Hospitalière de France (FHF) et Fédération des Établissements Hospitaliers & d’Aide à la Personne (FEHAP).

Des outils gratuits pour aller plus loin : sélection du collectif

  • Le kit RSO de la HAS : pour démarrer ou structurer une démarche (auto-diagnostic, check-lists, référentiels) – HAS
  • Éco-communication hospitalière : Fiches pratiques sur la réduction des déchets, l’impression responsable, les sites web éco-conçus – ANAP
  • Benchmarks et rapports d’innovations : Observatoire de l’Hôpital responsable (Éditions Hospitalières)
  • Boîte à outils « Communication patients fragiles » : ARS et France Assos Santé proposent des guides spécifiques à l’inclusion.

Vers une communication qui donne envie d’agir

Faire de la RSE un pilier véritablement intégré de la communication des établissements de santé, c’est enclencher une dynamique vertueuse : celle de l’exemplarité, du dialogue, de la pédagogie et de l’inclusion. Car si la transformation de l’offre de soins est d’abord une question de pratiques, elle passe aussi, nécessairement, par les mots, les exemples et les actes partagés. Dans un contexte où la confiance envers les institutions vacille parfois, chaque pas vers plus d’ouverture, de coopération et d’écoute contribue à ressouder le lien social, à donner du sens et à (re)nouer l’alliance entre soignants, usagers et citoyens.

La clé : oser des formats, des outils et des démarches où chaque acteur, quel que soit sa taille ou son territoire, peut trouver inspiration et soutien, au service d’une société plus responsable et inclusive.

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