Un enjeu de communication, au cœur de l’accompagnement des résidents

S’informer, se repérer, comprendre, s’exprimer… Voilà des besoins essentiels à toute personne, quel que soit son âge. Mais dans de nombreux établissements médico-sociaux, et singulièrement en EHPAD, communiquer efficacement peut s’avérer un véritable défi. Barrière de la langue, troubles cognitifs, situations de handicap : autant de facteurs qui rendent la transmission des informations complexes. C’est là qu’une solution simple mais puissante s’est peu à peu imposée : les pictogrammes.

Les pictogrammes – ces petites images stylisées, identifiables d’un coup d’œil – changent le quotidien de milliers de personnes lorsque leur utilisation est bien pensée, intégrée et adaptée à chaque contexte. L’exemple de l’EHPAD Les Jardins, situé en région lyonnaise, illustre mieux que tout le potentiel de la communication visuelle pour une meilleure inclusion et un fonctionnement apaisé.

Pourquoi miser sur les pictogrammes en EHPAD ?

  • Accessibilité accrue : D’après Santé Publique France, près de 40 % des résidents en EHPAD vivent avec des troubles cognitifs (dont la maladie d’Alzheimer et maladies apparentées).
  • Autonomie et dignité : Permettre aux résidents de s’orienter et de comprendre les informations sans aide directe, c’est préserver leur autonomie mais aussi leur estime de soi.
  • Sécurité améliorée : Mieux s’orienter dans les couloirs, limiter les erreurs lors de la prise de médicaments, réagir rapidement face à une alerte : le visuel devient un véritable atout sécurité.
  • Communication sans barrière : Les pictogrammes facilitent les échanges, même quand la compréhension du langage parlé ou écrit est limitée, temporaire ou permanente.

La genèse de la démarche aux Jardins : repenser l’environnement au service des résidents

Quand l’équipe de direction de l’EHPAD Les Jardins ressent le besoin de rendre plus lisible l’établissement, elle ne cherche pas la solution miracle. C’est une réflexion collective, menée avec l’ensemble des professionnels, accompagnée par une ergothérapeute et une graphiste spécialisée dans l’accessibilité, qui pose les bases de la démarche.

  • Des observations sont menées auprès des résidents : repérages dans les espaces, incompréhensions fréquentes, difficultés à retrouver sa chambre ou une salle d’activité.
  • Ateliers avec les familles et les soignants : quels sont les points bloquants ? Quelles informations sont les plus critiques ?
  • Audit de la signalétique existante : trop de textes, manque de contraste, jargon professionnel, informations parfois désuètes.

À la suite de ces diagnostics, la priorité est donnée à la mise en place de pictogrammes sélectionnés selon des critères clairs : simplicité, universalité, lisibilité et cohérence graphique.

Concrètement, comment l’EHPAD Les Jardins a implémenté la signalétique pictographique ?

  • Co-construction avec les usagers : Plusieurs versions de pictogrammes sont proposées, testées en situation réelle auprès des résidents. Les retours d’expérience guident les choix finaux : par exemple, pour indiquer la salle de restauration, il a été préféré une assiette et des couverts bien identifiables plutôt qu’un logo abstrait.
  • Homogénéité sur l’ensemble du site : Les codes couleurs sont harmonisés et la place du pictogramme toujours la même, pour repérage facilité sans effort cognitif supplémentaire.
  • Formats adaptés : Les pictogrammes sont déclinés en différents formats : sur les portes (A4), sur les murs des couloirs (grands autocollants), sur les menus affichés à l’accueil (petits symboles).
  • Rappel systématique par les équipes : Les soignants intègrent l’utilisation des pictogrammes dans les routines : rappeler qu’un pictogramme signifie « salle d’activité », par exemple, lors de l’accompagnement d’un résident.
  • Évolution continue : Régulièrement, de nouveaux pictogrammes sont ajoutés ou adaptés au gré des besoins : l’apparition d’activités nouvelles ou de consignes sanitaires exceptionnelles (COVID-19).

Quels impacts concrets pour les résidents et les équipes ?

Sur le terrain, les résultats sont très positifs. Les retours collectés lors des enquêtes semestrielles internes et des groupes de parole démontrent des bénéfices tangibles :

  • Moins de désorientation : Sur le premier semestre de l’intégration, les signalements de résidents « perdus » ou inquiets de ne pas trouver leur chemin baissent de 30 % (statistique issue des relevés internes de l’établissement).
  • Participation accrue aux activités : Plus de 20 % d’augmentation du nombre de résidents présents aux ateliers ouverts, selon les taux de présence enregistrés (source : EHPAD Les Jardins, rapport d’activités 2023).
  • Temps gagné par les équipes : La réduction des demandes d’aide à l’orientation ou à la compréhension de certaines consignes libère du temps pour l’accompagnement individuel et personnalisé.
  • Moins d’incompréhensions lors des temps de soins : Les pictogrammes utilisés sur les chariots de médicaments et dans les salles de soin ont réduit les erreurs de distribution et rassuré les résidents lors des prises de traitements.
  • Bien-être renforcé : Réappropriation de l’espace, sentiment de sécurité renforcé, maintien du lien même pour les personnes souffrant d’aphasie ou en perte de repères.

Quelles bonnes pratiques retenir pour une communication pictographique réussie en établissement ?

  • Impliquer les bénéficiaires à chaque étape. Les choisir comme testeurs, et écouter leur ressenti, est une clé de réussite.
  • Privilégier la simplicité : Un pictogramme efficace transmet une idée en moins d’une seconde. Il doit être clair, contrasté, lisible de loin et sans ambiguïté.
  • Veiller à la cohérence graphique : Mélanger les styles (icônes informatiques, dessins faits main, logos commerciaux) nuit à la reconnaissance et à la mémorisation.
  • Choisir des supports adaptés : Affiches plastifiées, autocollants grands formats, étiquettes aimantées…, tout dépend des emplacements et des usages.
  • Former régulièrement les équipes : Pour pérenniser la démarche, il est essentiel d’expliquer les choix, de rassurer sur les usages, et d’inciter à intégrer les pictogrammes dans les gestes du quotidien.
  • S’appuyer sur les ressources existantes : Il existe des banques de pictogrammes libres de droits, comme PictoSelector, Arasaac ou Sclera, largement utilisées dans le médico-social (ARASAAC).
  • Rester dans une dynamique d’ajustement et d’évaluation : Il est rare de viser juste dès le premier coup : évaluer, ajuster, retirer ou ajouter des pictogrammes au fil de la vie de l’établissement.

Quels pictogrammes utiliser ? Exemples repères et ressources

Pictogramme Signification Bonnes pratiques
Salle à manger Salle à manger Assiette et couverts, en couleur, sur fond blanc, simple et immédiatement reconnaissable
Toilettes Toilettes Utiliser des silhouettes masculines, féminines ou mixtes, avec fort contraste
Salle d’activité Salle d’activités Symbole de jeux ou d’atelier manuel, outil visuel vivant, couleurs attrayantes
Chambre Chambre Image d’un lit, minimaliste, contrasté, souvent utilisé avec un numéro

Pour d’autres inspirations, la base ARASAAC est reconnue pour la qualité et la variété de ses pictogrammes multilingues, téléchargeables et modifiables.

L’expérience des Jardins inspire-t-elle d’autres établissements ?

L’exemple des Jardins n’est pas isolé. Selon une enquête menée par le CREAI Auvergne-Rhône-Alpes (2023), plus de 60 % des établissements ayant intégré une signalétique pictographique constatent une meilleure appropriation des espaces et une réduction du mal-être lié aux changements d’environnement.

La communication inclusive par le visuel séduit aussi les crèches, foyers de vie ou services hospitaliers, là où l’enjeu d’accueillir des personnes plurilingues, en situation de handicap ou momentanément “perdues” face à l’écrit, se pose avec acuité. Une démarche qui s’inscrit pleinement dans la recommandation de l’HAS et les orientations de Santé Publique France visant à rendre les structures plus accueillantes et lisibles pour tous.

Pour aller plus loin : ressources et outils pour déployer sa propre signalétique pictographique

  • ARASAAC : banque de pictogrammes multilingues, interface gratuite, personnalisable.
  • PictoSelector : logiciel (Windows/Mac) pour composer et imprimer sa sélection de pictogrammes parmi des milliers d’images, adapté au médico-social.
  • SCLERA : pictogrammes en noir et blanc, très simplifiés, parfaits pour une lisibilité maximale.
  • Guides pratiques : Le site de l’HAS propose des recommandations sur la signalisation dans les établissements de santé.
  • Formations : Certaines fédérations associatives et Centres Ressources Autisme proposent des modules spécifiques sur l’accessibilité et la communication pictographique.

Vers une communication vraiment inclusive : l’exemple à suivre d’un établissement qui ose essayer, évaluer et partager

L’expérience menée par l’EHPAD Les Jardins démontre qu’innover en matière de communication n’est ni une lubie, ni une contrainte jugée secondaire, mais un levier d’amélioration profonde du quotidien pour tous les acteurs. Le pictogramme n’est pas un gadget, c’est une passerelle : entre générations, entre professionnels de santé et personnes accompagnées, entre le soin, l’accompagnement et le respect de chacun.

Se lancer, oser tester et corriger, fédérer autour du visuel : c’est le chemin choisi par Les Jardins, et aujourd’hui suivi par tant d’acteurs du médico-social. Pour tous ceux qui souhaitent rendre leur structure plus lisible : inspirez-vous, piochez dans les ressources, et faites confiance à la puissance de l’image partagée.

Envie d’aller plus loin ? Retour d’expériences, guides et outils à retrouver régulièrement sur Ressources Communication Santé.

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