Pourquoi la communication non-verbale ne « fonctionne »-t-elle pas toujours ?
1. Altérations sensorielles et perception déformée
Avec l’avancée en âge, les troubles sensoriels sont fréquents : presbyacousie, baisse de la vision, cataracte, dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA)… Selon l'INSERM, 65% des plus de 75 ans présentent une perte auditive significative. Ces déficits altèrent la perception des signaux non-verbaux :
- La gestuelle peut être difficile à voir si la personne a une vision réduite
- Les expressions faciales (sourire, grimace) deviennent floues ou non identifiées
- La perception de la distance et du déplacement est parfois brouillée, amenant le résident à ressentir de l’intrusion ou du malaise
Si le message ne passe pas, il ne s’agit pas d’un rejet volontaire, mais d’une impossibilité physiologique à décoder certains signaux.
2. Troubles cognitifs et altération de la compréhension implicite
Les maladies neurodégénératives (Maladie d’Alzheimer, démence à corps de Lewy, etc.) touchent environ 37,7 % des résidents d’EHPAD en France, selon la DREES (Études et Résultats, février 2022). Ces pathologies modifient profondément la capacité à décoder la communication non-verbale :
- Les gestes habituels (hochements de tête, main tendue) peuvent paraître abscons, voire menaçants
- La lecture des émotions sur le visage s’atténue, une expression neutre peut être interprétée négativement
- L’attention fragmentée rend difficile la lecture des signaux multiples dans une conversation
Selon une étude publiée dans Frontiers in Psychology, l’identification des émotions faciales chute de plus de 50 % chez les personnes atteintes de démence modérée à sévère.
3. Effets de la culture, de l’histoire de vie et du contexte
La communication non-verbale est aussi façonnée par le vécu, la culture et les normes familiales. Ce qui est perçu comme une marque d’empathie pour un soignant (toucher l’épaule, sourire direct) peut être troublant ou même mal interprété par certains résidents :
- Éducation basée sur la réserve, la pudeur ou la distance physique
- Expériences antérieures négatives : isolement, maltraitance, contexte institutionnel mal vécu
- Répercussions de traumatismes migratoires ou sociaux
Ainsi, l’approche corporelle, la posture ou le ton peuvent réveiller des inconforts enfouis, générer de la méfiance ou de l’incompréhension.
4. Les aléas de la relation et du contexte d’intervention
Même le meilleur communicant peut connaître des moments de “raté relationnel”. La fatigue du résident, la douleur, l’inquiétude ou une mauvaise expérience récente viennent parasiter la disponibilité à décoder la communication non-verbale.
- Accueillir le résident en pleine toilette ou lors d’un soin douloureux n’a pas le même impact qu’en situation apaisée
- Le turnover des professionnels, les pressions organisationnelles (manque de temps, effectifs réduits) génèrent parfois un climat relationnel tendu
Dans ces conditions, même un sourire peut être perçu comme déplacé, tandis qu’un geste rassurant n’est plus identifié comme tel.