Pourquoi s’intéresser à l’emailing quand on est une association de patients ?

Pour beaucoup d’associations de patients, la gestion de la communication reste un défi quotidien. Manque de temps, de ressources, d’expertise, peur de la “trop grande machine” numérique... Pourtant, l’emailing, quand il est bien pensé, offre de réelles opportunités : fédérer sa communauté, informer, mobiliser, recueillir des retours, et valoriser le vécu des patients. Selon Email Experience, l’email reste l’un des outils de communication les plus consultés en France : 91 % des Français consultent leur boîte mail tous les jours. C’est aussi un canal qui permet de mieux contrôler sa communication que les réseaux sociaux, et qui respecte globalement davantage la confidentialité si les bonnes pratiques sont respectées.

Pourquoi avons-nous voulu tester Mailchimp ?

Depuis plusieurs années, nous accompagnons des associations de patients sur leurs questions de communication numérique. Parmi les outils d’emailing, Mailchimp s’est rapidement imposé dans les discussions : parce qu’il est connu, souvent recommandé, qu’il propose une version gratuite, des modèles visuels, et qu’il facilite certains ponts avec d’autres outils comme WordPress ou Facebook. Mais que vaut-il vraiment pour une petite (ou moyenne) structure souvent animée par des bénévoles ? Nous avons donc choisi d’en faire un test approfondi sur plusieurs mois auprès de trois associations de patients de notre réseau, avec des profils, des besoins et des publics très différents.

Notre démarche de test : diversité des usages, regards croisés et retours utilisateurs

Pour ce test, nous avons accompagné :

  • Une association nationale, animée par une équipe salariée & bénévoles, qui communique auprès de plus de 4000 abonnés (parents, patients, soignants) ;
  • Un groupe local, géré entièrement par des patientes bénévoles, réuni autour d’une maladie chronique rare (environ 500 membres, public moins connecté) ;
  • Un collectif d’usagers de la santé, axé sur la diffusion de témoignages et le plaidoyer auprès d’administrations et partenaires (moins de 300 contacts mais besoin d’analyses précises).

Pendant 7 mois, nous avons déployé des newsletters, des campagnes d’informations ponctuelles, testé les formulaires d’inscription et évalué la prise en main par des profils non communicants. Nous avons croisé nos analyses avec des retours utilisateurs, recensé les blocages et cherché les alternatives quand nécessaire.

Fonctionnalités majeures de Mailchimp : que peut-on en faire concrètement ?

Mailchimp propose une palette de fonctionnalités attractives pour les associations, dont voici les principaux atouts relevés :

  • Création de newsletters via un éditeur glisser-déposer : Très intuitif, même sans aucune compétence en design ; possibilité d’intégrer facilement textes, images, boutons, liens.
  • Gestion des abonnés : Import et tri des listes de contacts, avec possibilité de segmenter par groupes (patients, proches, professionnels, donateurs...).
  • Formulaires d’inscription personnalisés : En ligne, ces formulaires facilitent l’adhésion et la gestion des consentements, un point clé pour le RGPD.
  • Automatisation simple : Messages d’accueil pour les nouveaux inscrits, rappels d’événements, relances pour l’adhésion ou le don.
  • Statistiques & rapports : Taux d’ouverture, taux de clics, désabonnements, analyse des meilleurs horaires... Des données utiles pour ajuster sa communication.
  • Bibliothèque de modèles : Nombreux modèles gratuits, adaptables à l’image de l’association.
  • Multi-langue (dont français) : L’interface reste majoritairement en anglais, mais certains contenus sont traduits.

Le vrai avantage : en quelques clics, on dispose d’un support visuel professionnel, avec une gestion facilitée des publics et sans coder.

L’accessibilité et la prise en main : promesse tenue ?

L’un des principaux freins à l’outil numérique pour les associations de patients, c’est parfois la peur de la complexité technique. À ce chapitre, notre expérience collective sur Mailchimp est globalement positive :

  • Tableau de bord simple : La navigation est plutôt intuitive, l’arborescence est claire, et l’interface par « blocs » se prend rapidement en main, même pour des débutants.
  • Documentation abondante (plus de 1000 articles sur le support Mailchimp, source) : les tutoriels vidéos et guides écrits aident à débloquer les principales difficultés.
  • Langue : Rappel important, la plateforme est à dominante anglophone, ce qui peut déstabiliser certaines équipes non habituées. Malgré tout, la logique générale reste accessible, et Google Traduction fait le reste si besoin.

Après deux formations d’1h30 dispensées à distance pour les associations testées, les référentes ont pu créer et envoyer leurs propres newsletters sans accompagnement spécifique.

Quelques conseils issus du terrain :

  • Prenez le temps d’explorer les modèles : cela permet de se familiariser avec la logique des blocs et de l’éditeur.
  • Anticipez la traduction de certains boutons (“unsubscribe”, “update your preferences”) pour une expérience 100 % en français.
  • N’hésitez pas à commencer “simple” : une info, une image, un bouton. La régularité compte plus que la sophistication du design.

Le respect du RGPD : où en est Mailchimp ?

Sujet sensible pour toute association, en particulier dans le champ santé : la sécurité des données. Mailchimp, historiquement hébergé aux États-Unis, soulève des questions récurrentes quant à la conformité au RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données).

Points à retenir :

  • Depuis 2021, Mailchimp a renforcé ses engagements sur la confidentialité, mais les transferts de données hors Union européenne restent officiellement “sensibles” selon la CNIL.
  • Mailchimp propose la signature de “clausules contractuelles types” (CCT) et des outils pour faciliter la gestion des consentements et le droit à l’oubli.
  • Important : Pour des publics “grand public” et une newsletter sans données médicales sensibles, le risque est limité ; pour des usages plus ciblés (adhérents avec données de santé, partenaires médicaux…), une solution 100 % européenne (ex : Mailjet, Sendinblue) peut être plus rassurante.

Recommandation collective : Pour toute association de patients utilisant Mailchimp, il est indispensable de :

  • Informer clairement l’abonné sur le traitement de ses données et l’utilisation de l’outil (via les mentions légales et la politique de confidentialité).
  • Limiter les informations collectées au strict nécessaire.
  • Privilégier la transparence et proposer facilement la désinscription.

Le modèle gratuit : atout ou frein ?

Mailchimp propose une offre gratuite limitée mais adaptée à beaucoup d’associations débutantes :

  • Envoi à jusqu’à 500 contacts et 1000 emails/mois (source : site Mailchimp).
  • Fonctionnalités de base ouvertes (création de newsletters, import, segmentation simple, statistiques…).
  • Automatisations limitées et absence de support prioritaire.

Notre constat : pour des associations de taille petite ou moyenne, cette version suffit dans 80 % des cas. Attention, au-delà ou si l’on souhaite des automatisations plus avancées, le coût peut rapidement grimper : la version “Essentials” démarre à 13 $/mois (env. 12 €), la version “Standard” à 20 $/mois (env. 18 €).

Dans une optique de maîtrise budgétaire, l’analyse régulière de la base de contacts et la suppression des doublons ou des “inactifs” est cruciale pour rester sous le seuil gratuit.

Forces, limites et alternatives : bilan de notre expérience

Forces principales Limites relevées
  • Simplicité remarquable pour débuter même sans compétences spécifiques
  • Modèles professionnels, attractifs pour renforcer l’image associative
  • Outils de segmentation adaptés à la diversité des publics
  • Formulaires personnalisables & gestion basique du RGPD
  • Communauté d’utilisateurs et support abondant
  • Interface partiellement en anglais
  • Fonctionnalités avancées rapidement payantes
  • Gestion RGPD moins transparente que certaines alternatives européennes (Mailjet, Brevo/Sendinblue)
  • Support technique en français uniquement accessible en version payante
  • Envoi d’e-mails parfois perçus comme “promotionnels”

Quelques conseils pratiques pour réussir sa newsletter avec Mailchimp

  • Soigner l’objet : 47 % des destinataires ouvrent un email sur la seule base de l’objet (source : Convince & Convert, 2023). Privilégier clarté et utilité (“Invitation atelier”, “Actualités patients”, “Votre témoignage valorisé”).
  • Construire des rubriques simples : pas plus de 3 à 4 informations par email pour maintenir l’attention.
  • Impliquer les publics : solliciter les retours, proposer des sondages très courts, relayer les témoignages (cf. outils de sondage Mailchimp intégrés).
  • Piloter les envois : s’appuyer sur les statistiques pour choisir le meilleur jour/heure (testé sur nos associations : milieu de semaine et créneau 9h/11h semblent les plus efficaces).
  • Limiter les images lourdes : pour ne pas ralentir l’ouverture sur smartphone ou nuire à l’accessibilité.
  • S’assurer, avant envoi, de valider tous les liens et d’effectuer un test vers différents appareils (ordinateur, smartphone).

Vers quel outil pour demain ? Notre regard sur l’avenir de l’emailing associatif

Mailchimp joue la carte de l’accessibilité et convient parfaitement à une montée en compétence progressive, notamment pour les petites et moyennes associations de patients qui veulent structurer leur communication. C’est un outil pratico-pratique, robuste, et qui permet de commencer simplement, tout en disposant de marges de progression. Toutefois, pour les structures particulièrement soucieuses du RGPD ou pour certaines communications à caractère sensible, creuser les alternatives européennes est vivement conseillé (Brevo, Mailjet, Sarbacane). Chacune a ses particularités et mérite un test par vous-mêmes. La clé, plus que l’outil, reste la pertinence des messages : oser lancer une newsletter, même imparfaite, c’est déjà avancer dans la valorisation de l’engagement des patients. L’important est d’expérimenter, d’évaluer, de s’entourer, et de partager les réussites comme les difficultés au sein de la communauté associative. D’autres ressources à consulter sur le sujet : Guide France Assos Santé, Bonne pratique communication santé (Ministère).

En savoir plus à ce sujet :