Pourquoi l’information santé doit être compréhensible
Une information de santé peut aider à prévenir une maladie, à suivre un traitement ou à savoir quand demander un avis médical. Mais elle n’est utile que si la personne peut la lire, la comprendre et l’utiliser. Un texte trop technique, trop long ou mal organisé peut créer de l’hésitation, même lorsque son contenu est exact.
Les lecteurs n’ont pas tous le même niveau de connaissance médicale, la même aisance en lecture ou les mêmes conditions pour consulter une information. Certains peuvent avoir des difficultés avec le français écrit, une déficience cognitive, une maladie qui fatigue, des troubles de la vue ou une attention réduite. D’autres lisent sur un téléphone, dans l’urgence, ou avec l’aide d’un proche.
Rédiger en facile à lire et à comprendre, souvent abrégé en FALC, consiste à rendre un message plus direct, plus ordonné et plus concret. Il ne s’agit pas de supprimer les informations importantes. Il faut plutôt les hiérarchiser, expliquer les mots nécessaires et permettre au lecteur de repérer rapidement ce qu’il doit retenir.
Cette démarche concerne les brochures, les affiches, les formulaires, les pages consacrées à une maladie, les consignes avant un examen et les informations sur les médicaments. Elle peut aussi améliorer la compréhension de nombreux lecteurs qui ne rencontrent pas de difficulté particulière.
Le FALC ne consiste pas à appauvrir le contenu médical
Un texte accessible doit rester fidèle aux connaissances disponibles. Simplifier la forme ne doit pas conduire à simplifier abusivement le fond. Une information de santé doit notamment distinguer ce qui est certain, ce qui est fréquent et ce qui nécessite un avis professionnel.
Il est possible de conserver un terme médical lorsqu’il est utile. Dans ce cas, il faut le définir au moment où il apparaît. Par exemple, au lieu d’écrire seulement « hypertension », on peut écrire : « L’hypertension est une pression du sang trop élevée dans les artères. Elle peut ne provoquer aucun symptôme. » Le mot reste présent, mais il devient compréhensible.
Le FALC ne remplace pas une consultation et ne permet pas de poser un diagnostic à distance. Une page d’information peut expliquer une situation générale, mais elle ne doit pas laisser croire qu’elle donne une réponse personnalisée à chaque lecteur. Cette limite doit être formulée clairement, sans alarmer.
La démarche repose sur plusieurs principes :
- dire une seule idée principale par phrase ou par paragraphe ;
- utiliser des mots courants quand ils sont précis ;
- expliquer les termes indispensables ;
- présenter les actions dans l’ordre où elles doivent être réalisées ;
- indiquer la source, la date de mise à jour et les limites de l’information.
Définir le lecteur avant de commencer
Un texte ne peut pas être adapté à tous les besoins de la même manière. Avant de rédiger, il est donc utile de préciser à qui l’information s’adresse et dans quelle situation elle sera consultée. Une consigne destinée à une personne qui vient de recevoir une ordonnance ne sera pas organisée comme une fiche de prévention destinée au grand public.
Quelques questions permettent de cadrer le document :
- Que doit savoir le lecteur à la fin de sa lecture ?
- Quelle action doit-il pouvoir réaliser seul ou avec l’aide d’un proche ?
- Quels mots médicaux sont réellement nécessaires ?
- Quelles inquiétudes ou quelles erreurs de compréhension faut-il prévenir ?
- Le lecteur consultera-t-il le texte sur papier, sur écran ou dans un lieu de soins ?
Ces réponses aident à choisir le niveau de détail. Une information courte peut être plus adaptée lorsqu’une personne doit suivre une consigne précise. Un dossier plus long peut être utile lorsqu’il faut expliquer une maladie, ses symptômes, les examens et les possibilités de prise en charge. Dans les deux cas, les informations prioritaires doivent apparaître dès le début.
Choisir des phrases et des mots faciles à suivre
La lisibilité dépend d’abord de la construction des phrases. Les phrases courtes sont souvent plus faciles à comprendre, mais il ne faut pas transformer le texte en une suite de formules sans lien. Chaque phrase doit avoir un sujet clairement identifié et un verbe qui indique l’action ou l’état.
Il vaut mieux écrire « Prenez ce médicament pendant le repas » que « La prise de ce médicament est à effectuer au cours du repas ». Il vaut mieux écrire « Appelez le cabinet si la douleur augmente » que « En cas d’aggravation de la symptomatologie douloureuse, une prise de contact devra être envisagée ».
Les formulations concrètes donnent au lecteur un repère plus utile que les expressions vagues. « Buvez régulièrement » peut être difficile à interpréter. Si une quantité précise est médicalement justifiée, elle doit être donnée avec son unité et son contexte. Sinon, il faut expliquer ce que signifie « régulièrement » dans la situation concernée.
Quelques choix de rédaction rendent le texte plus accessible :
- préférer « avant » à « en amont de » ;
- préférer « après » à « en aval de » ;
- préférer « utiliser » à « faire usage de » ;
- préférer « si » à « dans l’hypothèse où » ;
- éviter les doubles négations ;
- remplacer les sigles par leur nom complet à la première occurrence.
Le temps utilisé doit aussi être cohérent. Le présent convient souvent aux explications générales. Pour une procédure, l’impératif peut être direct, à condition de rester respectueux : « Lavez vos mains », « Notez la date du rendez-vous » ou « Demandez une explication si un mot n’est pas clair ».
Organiser l’information pour faciliter le repérage
Une personne qui cherche une information santé ne lit pas toujours chaque ligne. Elle peut rechercher une réponse précise : « Que dois-je faire avant l’examen ? », « Quand dois-je appeler ? » ou « Quels effets dois-je surveiller ? ». La structure doit permettre de trouver cette réponse rapidement.
Un ordre simple et souvent efficace est le suivant :
- indiquer le sujet et l’objectif du document ;
- expliquer les mots importants ;
- présenter les étapes à suivre ;
- décrire les situations qui demandent un avis ;
- rappeler où obtenir une aide ou une information complémentaire.
Les titres doivent annoncer clairement le contenu de la partie. « Avant le rendez-vous » est plus informatif que « Préparation ». Les listes conviennent aux étapes, aux signes à surveiller et aux questions à poser. Elles ne doivent pas remplacer une explication lorsque les éléments dépendent les uns des autres.
Un tableau peut aider à comparer des situations, à condition de rester simple :
| Situation | Ce que le lecteur peut faire | Quand demander un avis |
|---|
| Un symptôme léger et connu | Noter son évolution et suivre les consignes reçues | Si le symptôme dure, s’aggrave ou change |
| Un effet inattendu après un traitement | Noter le nom du traitement et l’heure d’apparition | Demander conseil à un professionnel de santé |
| Un signe grave ou soudain | Ne pas attendre une simple amélioration | Contacter rapidement les services adaptés à la situation |
Ce type de tableau ne doit pas donner de fausse sécurité. Les signes d’urgence varient selon le problème de santé. Il faut donc éviter les listes générales présentées comme une règle valable dans tous les cas.
Expliquer les nombres, les risques et les probabilités
Les chiffres médicaux sont difficiles à interpréter lorsqu’ils sont isolés. Une fréquence, une dose ou un risque doit être accompagné de son unité, de sa période et, si nécessaire, d’un groupe de référence. « Un risque de 5 % » n’a pas le même sens que « 5 personnes sur 100 dans l’étude citée », surtout si le lecteur ne sait pas sur quelle durée le risque a été mesuré.
Lorsqu’un chiffre est utilisé, sa source doit être identifiable. Il faut préciser l’organisme, le document ou l’étude qui le publie, ainsi que la date lorsque celle-ci est importante. Un chiffre ancien peut ne plus correspondre aux recommandations actuelles.
Les mots « fréquent », « rare » ou « exceptionnel » peuvent aussi être ambigus. Si une définition chiffrée est nécessaire, elle doit être donnée dans le contexte du document utilisé. Il ne faut pas présenter une estimation comme une certitude ni transformer un résultat observé dans une étude en promesse pour chaque personne.
Pour rendre un risque plus compréhensible, on peut :
- indiquer le nombre de personnes concernées plutôt qu’un pourcentage seul ;
- préciser la durée d’observation ;
- séparer le risque sans intervention du risque avec intervention ;
- expliquer les limites des données disponibles ;
- éviter les mots qui dramatisent ou rassurent sans justification.
Rendre les consignes de santé réellement actionnables
Une consigne accessible répond à quatre questions : quoi faire, quand le faire, comment le faire et que faire en cas de difficulté. Elle doit aussi distinguer ce qui est obligatoire, conseillé ou dépend d’un avis professionnel.
Par exemple, une consigne avant un examen peut être organisée ainsi :
- « La veille, préparez votre ordonnance et vos résultats précédents. »
- « Le jour de l’examen, arrivez à l’heure indiquée sur votre convocation. »
- « Demandez au service si vous devez prendre votre traitement habituel. Ne l’arrêtez pas sans avis médical. »
- « Si vous ne pouvez pas venir, prévenez le service dès que possible. »
Cette présentation évite les paragraphes qui mélangent plusieurs moments et plusieurs interlocuteurs. Elle permet aussi de vérifier que chaque action est réalisable. Si la personne doit appeler un service, il faut préciser lequel. Si elle doit apporter un document, il faut le nommer.
Les informations de sécurité doivent rester visibles. Elles peuvent être placées dans une partie intitulée « Demandez rapidement un avis si… », à condition que les signes décrits soient validés par une source de santé fiable. Une formule générale comme « consultez si nécessaire » n’aide pas suffisamment le lecteur.
Vérifier le texte avec des lecteurs et des professionnels
La relecture linguistique ne suffit pas. Un texte peut être grammaticalement correct tout en restant difficile à utiliser. Il est utile de le faire lire par des personnes qui correspondent au public visé. On peut leur demander de reformuler le message principal, de montrer où elles trouveraient une consigne et d’indiquer les mots qui posent problème.
Cette vérification ne consiste pas à évaluer le lecteur. Elle sert à repérer les obstacles dans le document. Si plusieurs personnes comprennent différemment une consigne, la formulation doit être revue.
La validation par un professionnel de santé est également importante pour vérifier la justesse médicale, les conditions d’application et les signes qui nécessitent une orientation. Les recommandations peuvent évoluer. Une fiche doit donc comporter :
- la date de rédaction ;
- la date de dernière mise à jour ;
- le sujet précis traité ;
- les sources utilisées ;
- le nom de la structure ou du service responsable de la validation, lorsque cela est pertinent.
En France, la Haute Autorité de santé publie des recommandations et des travaux sur la qualité de l’information en santé. Santé publique France produit également des contenus et des repères de communication en prévention. Ces ressources peuvent aider à vérifier les principes employés, mais elles ne dispensent pas d’adapter le texte au public et à la situation.
Prendre en compte l’accessibilité au-delà des mots
La compréhension dépend aussi de la présentation. Un texte en caractères trop petits, avec peu d’espace ou un contraste insuffisant, sera difficile à lire, même si le vocabulaire est simple. L’organisation visuelle doit soutenir le sens.
Quelques précautions sont utiles :
- utiliser des titres explicites et une hiérarchie régulière ;
- laisser de l’espace entre les blocs de texte ;
- éviter les phrases écrites entièrement en majuscules ;
- ne pas transmettre une information par la couleur seule ;
- décrire les images qui apportent une information importante ;
- prévoir une version imprimable lorsque le document est consulté en ligne.
Les outils numériques doivent aussi permettre un affichage sur petit écran et une lecture avec des technologies d’assistance. L’accessibilité technique relève de règles spécifiques, mais le rédacteur peut déjà limiter les difficultés en utilisant des titres clairs, des listes correctement structurées et des tableaux simples.
Enfin, une information accessible doit tenir compte de la diversité des situations. Une personne peut avoir besoin d’une traduction, d’un interprète, d’une lecture à voix haute ou de l’aide d’un proche. Le texte peut indiquer comment demander cette aide, sans supposer que tous les lecteurs disposent des mêmes ressources.
Une méthode de contrôle avant diffusion
Avant de publier une information santé, une relecture en plusieurs étapes permet de réduire les erreurs. Elle peut être réalisée avec une grille courte et constante :
- Exactitude : les informations sont-elles conformes à une source identifiée et récente ?
- Priorités : le lecteur comprend-il dès le début le sujet et l’action attendue ?
- Vocabulaire : chaque terme médical indispensable est-il expliqué ?
- Structure : les titres, listes et tableaux facilitent-ils la recherche d’une réponse ?
- Sécurité : les limites, les situations nécessitant un avis et les risques de mauvaise interprétation sont-ils indiqués ?
- Accessibilité : le texte peut-il être lu sur différents supports et compris par des personnes ayant des besoins variés ?
- Mise à jour : la date de révision et les sources sont-elles visibles ?
La dernière question est simple mais utile : « Que pourrait faire le lecteur après avoir lu ce texte ? » Si la réponse reste vague, le document a probablement besoin d’exemples, d’étapes ou de précisions. Si plusieurs actions sont possibles, il faut les présenter dans un ordre clair.
Questions fréquentes sur la rédaction en FALC
Faut-il supprimer tous les mots médicaux ?
Non. Certains termes sont nécessaires pour rechercher une information ou dialoguer avec un professionnel. Il faut les conserver lorsqu’ils apportent une précision, puis les expliquer avec des mots courants.
Une phrase courte est-elle toujours meilleure ?
Pas nécessairement. Une phrase courte mais vague peut être moins utile qu’une phrase un peu plus longue et précise. L’objectif est de limiter les idées imbriquées et de rendre l’action compréhensible.
Peut-on rendre une recommandation identique pour tout le monde ?
Il faut être prudent. L’âge, les traitements, les antécédents et la situation de santé peuvent modifier les conseils. Une information générale doit signaler lorsqu’un avis personnalisé est nécessaire.
Comment vérifier qu’un texte est réellement compris ?
Demandez à des lecteurs du public visé de reformuler le message principal et de montrer les étapes à suivre. Leurs réponses permettent de repérer les ambiguïtés mieux qu’une simple correction orthographique.
Pourquoi dater une information santé ?
Les connaissances et les recommandations peuvent changer. La date de mise à jour aide le lecteur et les professionnels à savoir si le contenu doit être vérifié avant utilisation.